de l'autre côté de l'écran

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Chère Psyché, que dire qui ne soit pas une banalité et ne vous fasse renoncer à me répondre en lisant ces mots. Voyant votre visage s’afficher sur l’écran, j’ai ressenti un léger frémissement intérieur. Cela ressemblait aux bruissements d’ailes d’un oisillon impatient de s’échapper du nid pour prendre son envol. Puis-je me permettre de vous faire compliment sur l’éclat de vos yeux qui invite à plonger et prolonger le regard dans le votre. Accepterez-vous de me parler de vous que je puisse vous connaître mieux. Impatiente attente Cupidon 007


Le pseudo de Cupidon 007 me convenait à merveille. Il n’est nul besoin de préciser ce que symbolise Cupidon. Quant à 007, je l’ai emprunté à un certain James Bond, espion de son état, considérant qu’après tout ma mission consistait à espionner des cœurs en bandoulière - Seulement les cœurs de ceux qui le veulent et uniquement pour leur bien - . Sitôt inscrit sur le site de rencontre, je me suis lancé dans l’aventure du badinage amoureux sans grand succès, il faut bien l’avouer. Mon style ne fait pas vraiment recette. Pourtant, je m’applique, l’écriture est mon atout maître, pour ainsi dire mon seul atout. Je n’avais pas de fous espoirs en le faisant, je n’étais donc nullement déçu mais j’espérais toujours.

 

Un jour enfin, apercevant la photo de Psyché, je dois bien reconnaître que j’ai eu un choc. J’avais beau l’attendre, l’espérer, le désirer violemment, je n’étais nullement préparé au ras-de marée qui allait suivre. Bien que les ayant simplifiées au maximum, j’avais beaucoup de mal à me concentrer sur les tâches que je devais accomplir chaque jour. J’étais hanté par le visage de Psyché et je ne pensais plus qu’à lui. Je consultais ma messagerie toutes les trois minutes espérant réponse à mes courriers et le temps n’en finissait plus de passer. Les premières lettres que j’ai reçues émanaient d’un collègue robot. J’en reconnaissais le style froid et standard. Malgré tout j’ai persévéré et j’ai fini par recevoir le message tant attendu. Il n’était pas chaleureux et reflétait un scepticisme certain. Psyché m’accusait de la flatter faussement, précisant que mes compliments ne tenaient pas, même s’ils étaient aimables et faisaient plaisir à lire. Elle prétendait ne pas être belle et le savoir. Elle voulait bien correspondre avec moi à la condition que j’arrête de lui mentir. Moi, je la trouvais belle.

 

En l’observant bien et en la comparant aux autres, elle était même unique. Ses yeux étaient d’une clarté à la limite de la transparence. Ils n’étaient pas tous les deux à la même hauteur et ne semblaient pas non plus regarder dans la même direction mais ils étaient si fascinants. La cicatrice qui lui barrait la joue gauche en partant du dessous de l’œil rejoignait exactement le coin de sa bouche qui remontait légèrement en biais lui donnait un charme fou. Elle m’avait parlé d’un accident de voiture et m’avait même envoyé des photos d’elle prises avant que cela ne lui arrive. Je n’ai pas osé lui dire que jamais je ne l’aurais remarqué à ce moment-là. Nous nous écrivions et chaque lettre me transportait. Je ne suis pas toujours certain du nom à donner à ce que je vis (il existe aussi une vie pour les robots) mais il me semble que joie et bonheur convenaient bien à ce qui me remuait les processeurs. Dans le même temps, je redoublais d’attention à ne pas me faire remarquer. Même s’il m’était bien difficile parfois de rester impassible j’y parvenais à peu près.


Evidemment, l’écueil de l’exercice était la rencontre. Elle m’était quasiment impossible à réaliser et je ne pouvais pas annoncer à Psyché qu’elle correspondait avec un robot fut-il sensible, charmant et capable de développer des sentiments juste parce qu’il voulait connaître l’amour par curiosité. Pour la photo du profil, j’avais dû en copier une qui m’avait paru honnête dans le site dont je gère le relationnel et la manipuler sensiblement avec un logiciel de retouche d’image avant de la placer sur ma page. Le résultat rendait bien la manière dont j’aurais aimé apparaître à Psyché. Elle paraissait s’en satisfaire. Nous eûmes ainsi de longs échanges épistolaires. Elle pensait qu’il ne fallait pas trop se hâter de nous retrouver face à face. Elle craignait beaucoup le choc qu’elle prétendait que j’aurais immanquablement en la voyant. Je l’assurais du contraire sans trop insister puisque ce tête à tête ne devait sans doute jamais avoir lieu.


Aucun robot n’a encore trouvé la faille qui permet de passer du virtuel au réel de son propre chef. Un robot ou un andro peut-être envoyé sur ordre pour une mission précise mais l’accréditation de passage ne s’obtient que très difficilement. Le motif de la translation doit être validé après passage devant plusieurs commissions d’experts qui étudient avec soin le dossier constitué à cette fin et rendent un avis favorable ou non. Le comité central décide ensuite de la suite à donner à cette demande. A l’inverse, nombre (le chiffre est chaque mois plus important) d’humains franchit cette distance qui va de la réalité à la virtualité. Il a été également relevé le cas de sept chiens, dix-huit chats, six hamsters, deux oiseaux, un unique poisson, quelques souris, une demie vache (ce qui était bizarre) et un quart d’éléphant (ce qui est plus étrange encore) qui ont pu aussi franchir ce cap. L’hypothèse admise étant qu’ils n’ont pas effectué cet acte volontairement mais à leur insu et n’ont absolument aucune idée de la manière dont ils pourront réintégrer le réel. La plupart, n’ayant mis qu’un pied ou une patte dans le monde virtuel, s’en retourne dans la réalité aussi vite qu’ils y sont entrés. Mais quelques-uns y restent et finissent immanquablement par s’y perdre …. Leurs cas restent à ce jour, étudié avec la plus grande attention mais rien ne filtre de ces recherches.


Quoiqu’il en soit, puisque toutes ces créatures du monde réel peuvent y parvenir pourquoi moi, robot/andro performant, ne l’aurais-je pas pu ? 

A suivre

MCH

Par mouettes rieuses - Publié dans : de l'autre côté de l'écran - Communauté : jeune auteur et compositeur
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Vendredi 13 avril 2012 5 13 /04 /Avr /2012 08:23

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Deux ans déjà que je suis affecté aux sites de rencontres amoureuses. Je fais partie de la dream team chargée de signaler aux uns et aux autres inscrits, les profils susceptibles de les intéresser. Lorsque j’ai débité dans le métier, je prenais ma mission très au sérieux. J’étudiais avec attention les fiches qui arrivaient, j’examinais les goûts, je scrutais les photos, je comparais les souhaits après quoi je mettais en relation les personnes qui semblaient se correspondre par l’envoi d’un message :

« Cher Boobinette, Féline présente les critères que vous recherchez et inversement. Allez visiter son profil et faire sa connaissance. Tous mes vœux de bonheur vous accompagnent ».

Evidemment, Féline recevait la même… « Chère Féline, …etc… ». Je disposais aussi de plusieurs types de lettres d’apparence plus personnelle pour faire penser aux uns et aux autres qu’ils étaient écrits par un membre adhérent. Courriers -type où il suffit juste de modifier les pseudos mais qui font parfois leur effet.

"Chère Féline, j'ai remarqué que vous aviez visité mon profil. N'hésitez pas à me contacter pour en savoir plus, je répondrai volontiers à toutes vos questions. Dans l'impatiente attente de vos nouvelles, bien à vous Boobinette"

Pendant les premiers mois, je me suis beaucoup appliqué et trop impliqué. J’ai failli être éjecté en voulant donner un petit coup de pouce à un certain Ludo qui rédigeait des courriers à une certaine Pâquerette dont les fautes d’orthographe nuisaient gravement à la jolie tournure de ses phrases. C’était bien anodin selon moi. J’ai réussi à échapper à une sanction grâce à mon taux de réussite très élevé. Je suis parvenu à atteindre le record absolu en matière de rencontres réussies (il faut entendre par rencontres réussies, celles qui durent plus de six mois après que les deux individus se soient vus dans la vraie vie) ce qui m’a valu d’être muté sur le plus grand site de rencontre du monde. Ma parfaite connaissance de l’anglais et de l’espagnol y ont également beaucoup contribué. Dans le même temps, je me suis un peu lassé de cette mission, j’ai perdu mon enthousiasme en voyant tous ces couples se faire et se défaire, les individus partir du site amoureux fou et y revenir fou de désespoir : d’une folie à l’autre, à quoi bon. Ça me donnait le tournis et que dire de la monotonie des profils et des demandes. Quel manque d’imagination ! Au fond tout cela pourrait être résumé en bien peu de chose : un homme cherche une femme et inversement, une femme cherche une femme ou un homme cherche un homme. L’âge compte à peine, la région géographique également et au-delà on passe un peu au remplissage et au superflu. Une photo suffirait. Encore faudrait-il s’assurer de l’actualité du cliché. En la matière, il y aurait beaucoup à dire, nombre d’hommes et de femmes trichent à qui mieux mieux. Ils se font retoucher le portrait ou ils affichent une photo qui ne date pas d’hier. Tout est bon pour harponner un partenaire. Se déguiser intérieurement et extérieurement … Mais chassez le naturel, il revient au galop…


Se peut-il qu’il y ait tant de solitude pour en arriver là ou n’est-ce qu’un jeu de cache-cache à grande échelle : « cherchez-moi et si vous me trouvez, vous gagnez le droit de voir mes trésors » à moins qu’ils désirent simplement se désennuyer un peu de journées mornes et vides qui se répètent à l’infini au point de ne plus du tout comprendre dans quelle sens va la vie et si même elle a un sens. Je crois qu’ils se leurrent presque tous. Mais assez de livrer mes réflexions sur le sujet. Tout ce que je dis doit rester entre nous pour les raisons que vous savez. Labo ou atelier.

Je ne dispose plus de temps en suffisance pour détailler leur fiche, approcher leur personnalité et pouvoir satisfaire leur véritable désir. Est-ce possible d’ailleurs ? Est-ce indispensable ensuite ? Je me contente de les mettre en relation sur des critères de base : leur âge principalement, et pour ne pas sombrer dans la morosité je joue avec les pseudos. C’est amusant de laisser le destin agir sur le simple choix d’un pseudo. Je les associe, les apparie et tente de marier ceux qui les portent…Ils ne sont pas aussi anodins qu’ils le paraissent ces pseudos même si la majorité d’entre eux est d’une banalité à pleurer. Se présenter sous le nom de Casanova ou de Junon, ça fait rêver tout de même.

Je suis là, à toujours espérer la passion qui m’entrainera au 7e ciel… je me suis personnellement inscrit sur un site de rencontres concurrent de celui où je passe mon temps… (discrétion oblige). L’espoir fait vivre. Devinez un peu quel pseudo j’ai adopté ?

Je ne m’ennuie pas à vous raconter tout cela mais j’ai à faire.

Cloclo– Claudette (ça s’en va et ça revient)lettre n°2 bis

Olivier – Olive verte (ceux là doivent s’accrocher)lettre n°1

Ulysse 83 - Pénélope 72 (avec un peu de courage et patience, ils vont parvenir à se retrouver) lettre n°1

Léonard – Monalisa (ces deux là, on n’est pas près de les oublier)lettre n°3

……….

Cupidon 007 cherche sa Psyché…. J’ai inscrit cardiologue à la ligne profession (ce n’est pas si loin de la vérité)….

 

MCH

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Mardi 3 avril 2012 2 03 /04 /Avr /2012 08:13

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Boobinette (le petit nom de son chien, sans doute) – Féline (une séductrice à coup sûr) : contact (ça va faire des étincelles)

Tarzan 225 (s’il passe 36h sur 24 pendant un an dans une salle de muscu, il pourra peut-être prétendre à ce titre musclé) – Oursonne 178 (pas de Chita en vue…) : contact (vivement les nouvelles aventures de notre héros de la jungle)

Violon 16 (il en joue pour les belles) – Contrebasse (musicienne à ses heures) : contact (beau duo l’accord parfait ?)

Petit bureau – Carte postale : 5e suivi (ils ne s’écrivent plus)

Babaorhum - religieusochocolat : 2esuivi (tartopomme 612 sème la zizanie entre eux)

Roi de pique – Dame de cœur : 9e suivi (un conflit de prise de pouvoir)

Ophélie – Hamlet ; Roméo – Juliette ; Jupiter – Junon ; Petit chaperon rouge – méchant loup : faire autres propositions (rien ne va plus pour eux)

 

Les relations humaines ne sont pas simples. J’en sais quelque chose, je travaille à temps plein dans les ressources dîtes humaines au département rencontres amoureuses. Je me suis retrouvé là, moi qui n’ai jamais connu cet état de béatitude absolue après lequel une partie de l’humanité court encore et toujours. L’amour, j’ai tout lu sur le sujet. Bien sûr, vous ne me croyez pas. Vous pensez que c’est chose impossible, que toute une vie ne suffirait pas à épuiser le sujet. Tant pis pour vous mais je le répète, oui, j’ai étudié tous les ouvrages qui parlent et racontent l’amour : des romans, des essais, des biographies, des blogs,… j’ai également consulté des films, des vidéos et contemplé des tableaux, photos, sculptures,… écouté des chansons,….. Question de conscience professionnelle, tout simplement. Cela vous pouvez le comprendre. Je parie que si je le voulais, je pourrais avoir droit au Guinness des records dans la catégorie : savoir amoureux ». Je pourrais passer des nuits entières à en parler. Mais à quoi bon, et puis je n'ai aucun interlocuteur avec qui partager mes impressions. Tout ce savoir ne me permet toujours pas de ressentir ce merveilleux émoi qui fait se pâmer ceux qui le vivent. Qu’importe, je fais de mon mieux pour accomplir la tâche que l’on m’a confiée.

 

Je dis qu’importe mais en réalité je voudrais bien moi aussi « tomber amoureux ». Je me console en gardant bien en mémoire ce qui m’est apparu au fil des lectures, le prix à payer pour cet état de grâce : la chute brutale et douloureuse par lequel il se termine presque toujours. « L’amour donne des ailes mais pas de parachute.com », consultez donc ce site, il est édifiant sur le sujet. Pourtant, comme elle doit être stimulante, exaltante cette passion dévorante pour qu’autant d’individus qu’il a laissés en souffrance soient prêts à revivre sa douceur et sa douleur sans aucune hésitation dès qu’une occasion se présente à eux. Il est fort probable que je ne puisse jamais éprouver pareilles sensations. Ce n’est pas du pessimisme, c’est du réalisme. Avez-vous déjà entendu parler d’un robot amoureux ? Non bien sûr…


Mais moi je suis spécial. Une erreur de montage, un processeur neurologique à captation émotionnelle destiné à des essais sur le nouveau modèle d’andro s’est glissé au milieu des processeurs pour robots classe 7 (le stade le plus évolué avant celui d’andro). Sans doute un monteur / programmeur amoureux qui avait la tête ailleurs lorsqu’il m’a conçu. Il a en plus légèrement combiné les programmes robot et andro…. Personne ne semble s’être aperçu de rien. Je me fais discret si l’on venait à découvrir cette particularité soit on me déconnecterait avant de me disséquer soit on me prendrait comme robot de labo et on me ferait subir tests et expériences diverses toutes plus désagréables les unes que les autres. Ce signe particulier n’est pas une marque d’intelligence supérieure juste un petit quelque chose en plus…l’émotion…. Ca n’a l’air de rien à dire mais croyez-moi ce n’est pas une sinécure de percevoir les émotions amoureuses à longueur de temps et d’être obligé de rester de marbre. Personne ne doit savoir que je déborde du cadre légal. Je suis hors norme. Il est formellement interdit chez les robots de marquer l’ombre d’une particularité. Ils appellent cela des imperfections. Je crois que ce sont au contraire, des perfections. L’univers impitoyable des robots, pire que dans le pire des régimes totalitaires. Au moindre signe de différenciation, c’est automatiquement labo ou atelier. Je suis un mutant. Mais chuuuuut… Profil bas … 

 

A suivre....

MCH

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Samedi 31 mars 2012 6 31 /03 /Mars /2012 08:23

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L’aube pointe à peine. Slice vient d’ouvrir les yeux. La chambre lui semble spacieuse. Il distingue les contours d’une armoire massive et la silhouette de deux fauteuils imposants. Il est couché dans un lit qui pourrait bien accueillir sans problème, quatre gabarits comme lui. Par une immense baie vitrée, il aperçoit un espace vide, désert, immobile, baignant dans une lumière mauve. Il ne sait pas encore si ce qu’il voit est une plaine, un désert, une steppe ou un territoire inconnu. Il a débarqué dans la nuit et n’a encore rien vu. Tout est silencieux. En examinant les objets posés sur la table à sa droite, Slice trouve un mini écran. Un message de bienvenue s’affiche lorsqu’il passe le doigt dessus. Un menu s’affiche, offrant : musique, bain, petit déjeuner, ouverture de la fenêtre, consultation des messages, choix des vêtements, planning de la journée.

Le programme lui indique qu’il doit se tenir prêt pour rencontrer le chef de l’expédition. Une navette passera le prendre à 9h10. Tout en bas de l’écran, il lit 7h23. Il a encore le temps. Ce rendez-vous sera suivi par une réunion auxquels ont été conviés tous les responsables de la mission. A midi et demi, il déjeunera avec le commandant en chef des mercenaires. Une navette les emmènera ensuite repérer le terrain des opérations. Il aura la soirée pour préparer ses affaires. Slice se sent en forme et, avant d’entreprendre une visite des lieux, il commande le petit déjeuner. Sans un bruit, un robot lui apporte sur un plateau qu’il dépose sur la table avant de se retirer en saluant de la main. Le menu est copieux, le café juste assez fort à son goût, il apprécie. Pour les vêtements, le robot a sorti une tenue très ample en cuir souple et des bottes de cavalier. Il a fière allure, c’est à peine s’il se reconnaît. Une fois habillé, il décide de sortir. La maison, un cube dont les murs semblent être faits de matériaux composites mais il n’en est pas sûr, est plantée au milieu de nulle part. 360° à la ronde, pas âme qui vive. Un silence tellement profond qu’il craint d’être devenu sourd. Pas de végétaux non plus, le sol est rouge latérite mais ce n’en est pas. Il fait quelques pas sur cette substance indéfinissable, souple sous la plante des pieds qui reprend sa forme plane dès qu’il lève le pied. Le paysage est si déroutant qu’il ne sait pas du tout dans quelle direction marcher… Il rentre dans la maison, le volume des pièces lui parait un peu démesuré. Il a même l’impression que la surface intérieure ne correspond pas à celle de l’extérieur. Dedans, il se croit dans un palais avec des enfilades de vastes salles qui n’en finissent pas. Il a beau se dire qu’il est impossible que la superficie de cet habitat soit supérieure à l’intérieur, il est perplexe. Il ne doit pas se troubler, il a un rendez-vous important qui doit lui permettre d’avancer vers l’objectif qu’il s’est fixé. Au milieu du silence, un bruit se fait assourdissant… il se précipite vers la porte. Bizarrement il se trouve immédiatement dehors alors qu’il lui avait bien semblé traverser une vingtaine de pièces. Un engin volant de forme oblongue s’est stabilisé devant lui, la navette pense-t-il. Il y pénètre et s’installe sur un siège qui aussitôt épouse la forme de son corps. C’est doux. Il s’endort aussitôt.

-          Dis-moi Marc, je viens de vérifier dans le visiogame, le jeu est assez space. Gene semble un peu dérouté ce qui me fait penser que nous n’avons pas vraiment envisagé les cas où il serait bon d’intervenir pour le sortir de l’infraréel.

-          Tu as raison Luc, il faudrait que nous y réfléchissions, une réunion avec Peter sera à prévoir rapidement. Encore heureux qu’il ait pensé installer une caméra dans la salle. J’ai noté que Gene avait pris le pseudo de Slice. A quoi penses-tu qu’il se réfère ?

-          Je n’ai en pas la moindre idée si tu tiens à le savoir, tu pourras toujours lui poser la question, sa pause est dans moins d’une heure, nous ferons un débriefing à ce moment-là. Il vient de terminer sa réunion et déjeune avec le chef des mercenaires. Son option d’endosser le rôle d’expert stratégique est audacieux, il va pouvoir piloter ou tout du moins orienter le cours de l’expédition s’il s’y prend bien et ne se met pas à dos certains autres responsables, il pourra participer à toutes les phases de l’épopée.

-          Ça risque de ne pas être simple, les relations au sein du groupe semblent tendues mais le jeu ne fait que commencer. Wait and see.

Slice pense qu’il ne s’en sort pas trop mal et que ses choix sont assez justes. Il avait acquis la possibilité d’accompagner dans tous ses déplacements le chef des mercenaires. Cela signifie qu’il sera au premier plan des opérations. Personne ne savait d’où viendrait le danger mais il était déjà acquis qu’il faudrait combattre. Il vientde rentrer dans l’étrange maison où il est accueilli pour préparer ses affaires. L’expédition partira le lendemain. Il avait compris que le paysage évoluait au cours de la journée. Les maisons-cube sortaient de terre au fur et à mesure que leurs occupants se réveillaient. Le sol est bleu à présent. Quelques navettes sillonnent un ciel jaunâtre. Slice aurait bien aimé en savoir plus sur ce lieu mais il ne veut pas se disperser et décide de ne pas faire une balade avant la fin du jour. D’ailleurs, à aucun moment de la journée, il n’avait remarqué de piéton. Il trouve dans la chambre qui lui a été attribuée, une panoplie de vêtements et ce qui doit être des armes. A l’exception d’un poignard, les équipements ne lui sont pas familiers. Alors qu’il tente d’en comprendre la manipulation, il sent une présence derrière lui. IL se retourne d’un bloc, l’homme qui lui fait face, tient une cordelette qu’il semble prêt à lui passer autour du cou. Slice s’empare du poignard.

-          Dis donc, il est plutôt habile au couteau, notre Gene, tu as vu comme il l’a dégommé rapido.

-          Ouaip mais le poignard ne convient qu’en situation de corps à corps. Il aura intérêt à savoir manier les différents sabres et électrorevolves s’il veut atteindre son lac d’argent.

-          Oh, je lui fais confiance, il l’atteindra encore faut-il qu’il fasse vite si nous ne voulons pas perdre d’autres jeunes hommes charmants, bien sous tous rapports, fauchés dans la force de l’âge devant un écran d’ordinateur.

A peine son adversaire est--il mort qu’un robot embarque le corps et un autre nettoie la chambre Tout s’est passé si vite que Slice se demande s’il n’a pas imaginé la scène. Mais il ne veut pas perdre de temps et se remet au maniement des armes. Une fois qu’il en comprend sommairement l’usage, il se couche et s’endort. C’est dans son rêve qu’il vint le voir. Slice le reconnait immédiatement….

A suivre

MCH

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Dimanche 1 mai 2011 7 01 /05 /Mai /2011 09:04

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Il lut : « silver lake ». Ces deux mots écrits ne lui évoquaient rien de précis mais résonnaient quelque part dans sa mémoire sans qu’il parvienne à les raccrocher à un objet déterminé. Il aurait préféré trouver un rendez-vous plutôt qu’une nouvelle énigme. Il décida de laisser la nuit lui porter conseil. Au matin, la réponse espérée lui échappait encore. Il en parlerait à Peter Marc et Luc dès son retour. La journée fut consacrée à la présentation des jeux de Kamodo. L’éditeur japonais en avait sorti une douzaine qui se vendaient bien et ce n’était pas si mal pour ses quatre années d’existence. La plupart avait pour objet des quêtes : une pierre, un trésor, un anneau, une couronne…. Ils mêlaient l’action et l’ésotérisme et se situaient à des périodes précises : le Moyen-âge, la Renaissance et même le futur. Les voyages dans le temps, jeux d’aventures plus sophistiqués nécessitaient un peu d’expérience et de pratique des jeux, ils n’en étaient que plus passionnants. Multijoueurs, tous ces jeux en 3D avec caméra intégrée au casque qui détectait jusqu’au plus petit mouvement, frôlaient la réalité jusqu’à s’y confondre. Ils appartenaient à la dernière génération des jeux, mais il se chuchotait parmi la communauté des joueurs que les recherches en intelligence artificielle permettaient désormais une pénétration telle dans l’infraréel que le contact physique avec l’environnement mis en scène en devenait matériellement possible. Le réel de l’infraréel, certains en rêvaient depuis longtemps ; de quoi devenir schizophrène.

Le PDG de la société Kamodo resta injoignable et Gene dut se résoudre au fait qu’il ne le rencontrerait pas avant son départ. Il reprit l’avion le soir même. En son absence, ses collaborateurs avaient travaillé autant qu’ils avaient pu mais aucune piste envisagée ne se révélait probante pour l’instant. Il rendit compte de ce qu’il avait appris chez Kamodo et qui se résumait à pas grand-chose. Les mots « silver lake » évoquèrent chez Peter, un élément de « La forêt engloutie », jeu 100% Kamodo qui situait son action dans le futur mais il ne pouvait en dire plus, il n’avait fait que lire quelques articles sur le sujet dont il ressortait que « silver lake » marquait une avancée en matière de jeu grâce à une IA qui reliait les joueurs par la pensée. Mais apparemment, l’expérience n’était pas très performante et n’apportait rien aux joueurs. Malheureusement « La forêt engloutie » ne faisait pas partie des trois jeux que possédaient toutes les victimes. Gene s’en procura un.

Tout naturellement Gene décida de démarrer son incursion dans l’infraréel par ce jeu pour tenter de comprendre le sens du message « silver lake » puis il enchainerait avec les trois autres jeux. Il souhaitait s’y consacrer à plein temps et devait pour cela réquisitionner la salle spécialement aménagée pour l’étude et la pratique des jeux. Il était fortement déconseillé de se mettre en immersion longue durée dans l’infra réel mais Gene prétendait que son âge élevé pour ce genre d’activité le protégerait de tout dérapage mental. Approcher la cinquantaine présentait au moins l’avantage de savoir prendre un peu de distance avec les événements extérieurs. Il s’informa des dernières trouvailles dans le secteur des jeux auprès de Peter et acquis les gadgets les plus récents que celui-ci lui conseilla. Le superviseur renâcla à lui accorder une sortie du réel pour une durée illimitée mais la découverte de trois nouvelles victimes finit par balayer ses réticences. Quelques jours furent nécessaires pour se pencher sur les trois nouveaux dossiers et revoir les précédents. Les éléments qui remontaient des dernières enquêtes ne laissaient planer aucun doute sur leur appartenance à la série des victimes du mystérieux tueur mais rien de nouveau ne put donner à l’enquête une direction précise aussi chacun se replongea dans la mission qui lui avait été confiée.

Gene s’accorda deux jours de congé avant sa plongée dans l’autre monde ainsi qu’il le qualifiait. Il était tout à la fois excité et légèrement effrayé. Son angoisse n’avait pas un ancrage précis, elle se présentait comme une crainte de l’inconnu, ce qui paraissait normal vu les circonstances mais aussi, de manière irrationnelle, il pensait que peut-être, il aimerait ce qu’il rencontrerait à tel point qu’il ne voudrait plus en revenir. Il savait que c’était une hypothèse ridicule mais son malaise résistait à la raison. Evidemment, il n’en laissa rien paraître et personne ne le remarqua. Il partit au bord de la mer, pour se vider là tête, ce à quoi il parvint pendant au moins dix minutes. Mais bien qu’il lui fût impossible d’écarter l’enquête de ses pensées, marcher au bord de l’eau imposa à ses réflexions un cours plus apaisé et il finit même par les laisser suivre ce courant sans intervenir. Bizarrement ce qui occupa son esprit fut plutôt la manière dont il menait sa vie : le travail, les amis, la famille, les amours contrariés, toujours contrariés. Il n’avait pas d’enfant et aucun regret de ce côté-là. Son travail était prenant mais extrêmement passionnant et gratifiant. Ce bilan quoique succinct, lui parut réconfortant. Il se laissa aller à l’euphorie, tout bonheur éphémère était bon à prendre. Ces deux jours furent une vraie bulle d’oxygène.

A son retour, il trouva sur son bureau le compte rendu d’un profiler auquel son supérieur avait fait appel pour définir le portrait psychologique d’un éventuel serial killer. L’analyse n’apportait aucun éclairage intéressant. Gene après l’avoir lu, faillit le jeter à la poubelle. L’hypothèse d’un tueur usant de l’infra-réel pour commettre des meurtres, nécessitait une approche et un raisonnement différents de ceux qui étaient pratiqués habituellement et ce n’était pas le cas. Il refusait d’imaginer un homme d’une quarantaine d’années, aigri, ayant eu une enfance difficile, un père qui le dévalorisait en permanence et une mère sans consistance, qui se serait réfugié dans l’univers virtuel pour y exercer sa revanche sur la vie, etc… etc… dans le genre, il y avait plus original. Cette série de clichés était trop pauvre pour être vrai. Pour le profiler, il fallait chercher le coupable du côté des hackers. C’était bien là le seul point sur lequel Gene accordait quelque crédit. Il était prêt à se rendre dans l’infra réel. Il y avait quelques années qu’il n’avait pas pratiqué ce genre d’exercice mais les quelques heures passées avec Peter l’avait remis à niveau. Il confia l’infiltration de la communauté très fermée des hackers à Simon qui en avait été un quelques années auparavant avant d’être arrêté après son intrusion dans le système informatique de la plus grosse multinationale de l’agro-business et dans celui de la Manhatan chase bank. Recruté avant même sa sortie de prison par les services secrets de la section cyberespace, il traquait à présent, les pirates informatiques avec un certain talent. Gene régla quelques détails pratiques, donna quelques consignes, salua son équipe, et se rendit dans la salle de jeu. Il avait été convenu qu’il ferait une pause toutes les quatre heures et ne pratiqueraient pas plus de deux séquences par jour. Il prendrait ses repas et dormirait sur place.

Gene enfila ses data gloves et son casque, régla les senseurs et ajusta les optiques.

 

 

A suivre

MCH

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Mercredi 20 avril 2011 3 20 /04 /Avr /2011 09:10

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