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L'écrit des mouettes
"La normalité n'est pas autre chose que la dénomination bourgeoise de la folie ordinaire"
Hanif Kureishi
La voiture s’était arrêtée. La dame avait disparu. Il ouvrit la portière et se retrouva dans un grand parc. Il regarda sa montre et se désespéra. Il ne savait pas où il se trouvait et il ne restait que peu de temps avant son rendez-vous avec le magicien. Il avança et chercha quelqu’un auprès de qui se renseigner.
Il ne vit personne mais il entendit une petite voix qui disait : « Bonjour, bonjour, tout droit, tout droit, toujours tout droit ». Il chercha qui lui parlait ainsi. En se penchant, il aperçu un petit champignon qui souleva son chapeau pour le saluer en répétant « Bonjour, bonjour, tout droit, tout droit, toujours tout droit ».
Il poursuivit son chemin tout droit comme l’avait indiqué le champignon. Un peu plus loin, on chantait mais il ne voyait personne. Il dût lever la tête pour voir que c’était une pomme sur un arbre qui poussait la chansonnette. Les paroles de la chanson n’étaient pas très originales et surtout un peu monotones. « Bonjour, bonsoir, mesdames, messieurs, ne me croquez-pas et je vous dirais où aller ». Le lapin demanda à la pomme de lui indiquer son chemin. En le voyant la pomme devint toute rouge et s’affola « Ne me croquez pas, ne me croquez pas » bafouillait-elle. Martin se dit que cette pomme était bête et continua à avancer.
En passant près d‘un arbre, quelqu’un lui parla mais il ne vit personne : « Petit malpoli, vous pourriez me saluer tout de même. Ce ne sont pas des manières de passer ainsi sans même me regarder ». Martin chercha qui lui adressait la parole et se rendit compte que c’était l’arbre. Il s’excusa et lui demanda son chemin. C’était un grand arbre qui pouvait voir très loin. « Là-bas, il y a une petite maison, quelqu’un saura surement vous renseigner » indiqua-t-il à Martin qui se dirigea vers l’endroit indiqué par l’arbre après l’avoir remercié et salué plusieurs fois.
En chemin, une araignée qui tricotait un cache-nez se moqua de lui « Un lapin de perdu, dix de retrouvés » ricana-t-elle.
Une marguerite qui pleurait à chaudes larmes voulut lui conter son chagrin. Martin s’excusa de ne pouvoir rester près d’elle, il avait à faire.
Un escargot que Martin avait failli écraser l’insulta « Sauvage, on n’a pas idée d’aller si vite sans regarder où l’on met les pattes ». Martin s’excusa et conseilla à l’escargot d’installer une petite lampe clignotante sur sa coquille pour signaler sa présence. Ainsi personne ne lui marcherait dessus.
Un oiseau siffla à son passage « Un lapin qui s’appelle Martin ne doit pas être très malin ».
Enfin, il arriva à la porte de la petite maison et il frappa. Personne ne lui répondit. Il voulut ouvrir la porte mais elle était fermée à clef. Martin fit le tour de la maison, aucune fenêtre n’était ouverte. Il regarda à l’intérieur mais il ne vit rien. Il regarda pour la dixième fois sa montre et à sa grande surprise, il s’aperçut que l’heure au lieu d’avancer, s’était mise à reculer. Ainsi il lui restait encore beaucoup de temps avant de retrouver son magicien. Il décida de se reposer et s’assit au pied d’un arbre silencieux. Il s’assoupit.
Il se réveilla en sursaut, quelqu’un lui tapait sur l’épaule. Martin se retrouva face au magicien qui lui parlait.
Viens Martin, sors de la voiture. Il est l’heure. Aujourd’hui est un jour très spécial C’est pour cela que j’avais envoyé Alice te chercher. Alice est une sorte de fée qui adore les lapins blancs avec une montre accrochée à leur gilet. Tu l’aurais su si tu ne t’étais pas endormi quand elle a voulu te raconter son histoire. » Le magicien s’adressa à Alice qui était toujours au volant de la voiture.
Vous allez rester en notre compagnie ce soir ma chère Alice Nous fêtons un anniversaire. Voilà un an tout rond que nous nous connaissons avec Martin. Il n’y aura pas de séance de magie en public. J’ai préparé une surprise »
Le magicien avait organisé une petite fête avec un très bon repas dans une salle toute décorée. Ils dînèrent tous les trois : Martin, Alice et le magicien. A la fin du repas, le magicien prit la parole
Ecoute-moi Martin, tu es brave et très consciencieux, pour te récompenser, je vais t’apprendre quelques tours de magie qui pourront être très utile pour distraire tes amis. Et, je peux réaliser un vœu. Dis-moi ce que tu souhaites le plus ».
Martin était généreux, il répondit sans hésiter
Que mes enfants aient toujours à manger.
Le magicien lui répondit :
C’est accordé
Puis il prit sa baguette magique, fit quelques mouvements en prononçant une formule secrète.
Voilà, dit-il à Martin, tes enfants seront contents. Tu n’as plus besoin de travailler, tu peux aller vivre avec ta famille ».
Mais Martin ne l’entendit pas de cette oreille et chacun sait que les lapins ont de grandes oreilles.
J’aimerais beaucoup continuer à travailler avec vous mais rien qu’avec vous.
Le magicien réfléchit un peu puis il accepta mais à la condition que Martin ne vienne qu’une fois par semaine. Le magicien promit aussi de rendre visite à la famille de Martin. Ensuite, il apprit quelques petits tours de magie à Martin, et Alice reconduisit Martin chez lui.
Depuis, Martin le lapin va une fois par semaine travailler avec le magicien et certains soirs, c’est le magicien qui vient dans la prairie où vivent Martin et sa nombreuse famille. Là, il accomplit quelques tours de magie pour la plus grande joie de tous les petits lapins. De rares promeneurs qui sont passés par là pendant que le magicien y était, racontent qu’ils ont vu des araignées qui dansaient et des pommes qui chantaient, des champignons qui soulevaient leurs chapeaux et des escargots qui faisaient le gros dos en clignotant tandis que les arbres récitaient des poèmes. Mais bien sûr personne n’a jamais cru de pareilles histoires sauf quelques doux rêveurs. Et c’est bien ainsi, sinon le monde aurait envahi la prairie de Martin qui serait devenue un parc d‘attraction.
La famille de Martin s’est encore agrandie et dans la prairie il y a maintenant un âne qui s’appelle Jeannot. Jeannot, quel drôle de nom pour un âne….
MCH