Partager l'article ! Le lapin du magicien 1/2: Par trois fois, il tapa la patte sur le sol en regardant sa montre et dit « maintenant, je suis en ...
L'écrit des mouettes
"La normalité n'est pas autre chose que la dénomination bourgeoise de la folie ordinaire"
Hanif Kureishi
Par trois fois, il tapa la patte sur le sol en regardant sa montre et dit « maintenant, je suis en retard ». Martin, le lapin, se mit à courir. Martin, quel drôle de nom pour un lapin, un âne peut s’appeler Martin mais un lapin…. C’est pourtant ainsi qu’il se prénommait, la faute à son père qui était devenu ami avec l’âne qui s’appelait Martin alors qu’ils partageaient le même champ. Il avait donné ce prénom à son fils aîné en souvenir de cette belle amitié.
Martin le lapin avait un métier et pas n’importe lequel, il était lapin de magicien. Lapin de magicien, ce n’est pas tous les jours facile, et parfois, c’est même très fatiguant. C’est pour cela qu’il y a beaucoup moins de lapins qui veulent être lapin de magicien, et comme les magiciens ont besoin de lapins, Martin travaillait, non pas auprès d’un seul mais auprès de trois prestidigitateurs. Martin était gentil et malin, il savait qu’il devait surtout ne jamais révéler à personne les secrets de la magie. S’il le faisait, il perdrait aussitôt ce travail qui lui permettait de nourrir sa nombreuse famille. Martin avait beaucoup d’enfants. Il en avait tant et tant qu’il n’arrivait plus à les compter.
Pour être honnête, Martin aurait dû dire qu’il travaillait pour deux prestidigitateurs et un magicien. Les deux prestidigitateurs se contentaient de le faire sortir d’un chapeau en le tirant par les oreilles. Ca lui faisait très mal. Puis ils le posaient dans une caisse et le laissaient là dans le noir jusqu’à la fin de leur représentation. Ainsi, plusieurs fois par soir, on l’attrapait par les oreilles, on l’élevait dans les airs pour que tous les spectateurs puissent bien le voir. Les petits enfants étaient contents. Les grands aussi mais moins et parfois les très petits avaient peur et se mettaient à pleurer. Martin en était tout chagrin.
Avec le magicien, c’était autre chose, jamais il ne lui avait tiré les oreilles pour le sortir d’un chapeau. Le magicien possédait une baguette magique. Tout le monde croit qu’il suffit d’une baguette magique pour obtenir ce qu’on a envie : pains au chocolat, bonbons, rollers et même playstation, ordinateur etc… mais ce n’est pas vrai du tout. La baguette magique doit être de très bonne qualité et il est de plus en plus difficile d’en trouver des vraies mais il faut surtout que le magicien soit talentueux c'est-à-dire qu’il sache parfaitement s’en servir. Pour cela il doit énormément travailler avant d’arriver à faire surgir un lapin sans les mains avec juste un petit coup de baguette magique. Seuls, les plus grands magiciens peuvent avoir une baguette magique. Il y en a très peu dans le monde, cinq peut-être, pas beaucoup plus c’est certain. Martin avait eu la chance d’en rencontrer un. En réalité, c’était le magicien qui avait remarqué Martin. Une nuit, Martin s’était échappé de la maison d’un prestidigitateur cruel qui l’enfermait dans une cage et ne le laissait jamais sortir. Le prestidigitateur avait mal fermé la porte de sa cage, Martin en avait profité pour se sauver. Il s’était perdu et avait fini par se blottir dans le recoin d’un portail. C’est là que le magicien l’avait trouvé, tremblant de froid et de peur. Il l’avait recueilli chez lui. Martin lui avait raconté son histoire. Il faut savoir que les vrais magiciens savent parler aux lapins et à presque tous les animaux sauf aux serpents qui n’aiment que la musique de la flute et aux araignées qui n’aiment que tricoter et sont peu sociables.
Le magicien lui avait proposé de l’accompagner dans ses tournées pour l’aider à égayer les enfants. Il n’avait pas vraiment besoin de lapin mais il pensa que cela ferait plaisir aux petits d’en voir un. Martin aimait le magicien, il serait bien resté tout le temps avec lui mais avec une si grande famille à nourrir, il était obligé de travailler aussi ailleurs.
Certains jours, il devait quitter rapidement la salle de spectacle dans laquelle se produisait l’artiste (les prestidigitateurs sont des artistes mais le magicien est une sorte de génie qui peut réaliser des vœux) pour rejoindre une autre salle avec un autre artiste. Seulement voilà qu’un soir, l’un des spectacles avait duré plus longtemps que prévu et il était en retard pour son apparition en public avec le magicien. Tout ça par la faute d’un prestidigitateur qui l’avait laissé sur une table au milieu des personnes qui dînaient. Il avait dû rester là et n’avait pas pu partir immédiatement après son apparition publique. Il regarda sa montre et se désola, il n’arriverait jamais à l’heure. Et dire que c’était le magicien qui lui avait offert cette jolie montre pour qu’il ne soit jamais en retard.
Il décida de prendre un taxi. Il y a peu de chauffeurs de taxi qui accepte que les lapins montent à bord de leur voiture. Ils disent que le lapin est sale et qu’il fait des crottes partout. Mais c’est tout à fait faux. Le lapin sait très bien se tenir s’il a été bien élevé. Martin avait reçu une bonne éducation Mais aucun taxi ne s’arrêtait devant lui et le pauvre courait. Il courait aussi vite qu’il pouvait. Une voiture finit par s’arrêter prés de lui et une jolie dame ouvrit sa vitre et proposa à Martin de l’emmener. Martin accepta. Il faisait chaud dans la voiture et la dame sentait bon. Elle lui dit qu’autrefois, quand elle était jeune, elle avait connu un drôle de lapin qui était aussi pressé que Martin et regardait toujours sa montre. Puis elle se mit à lui raconter une histoire mais Martin qui était fatigué, s’endormit et ne l’entendit pas.
A suivre
MCH