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Henri le génie n’aurait pas su dire depuis combien d’années il vivait-il ici. Il n’avait compté ni les semaines ni les mois et encore moins les années et les siècles mais il y avait longtemps et même très longtemps qu’il croupissait là. C’était rageant d’ailleurs d’être coincé à attendre qu’un petit malin le libère enfin. D’autant plus énervant qu’il ne lui restait plus que trois vœux à offrir et à réaliser pour enfin être libre de faire ce qu’il voulait. Quand il pourrait donner les derniers trois vœux qui lui restaient encore à délivrer, son travail de génie prendrait fin.

 

Henri, génie de troisième zone, se morfondait depuis des années dans une bouteille de vin mal lavée, fermée par un vulgaire bouchon. Un homme l’y avait enfermé avant de lancer la bouteille au fond du lac au milieu d’une immense forêt. Par chance la bouteille était transparente ce qui permettait à Henri le génie, de recevoir la visite des poissons, de regarder plonger des canards, d’apercevoir des grenouilles et de voir flotter des algues. Parfois, une fourchette, une chaussure, une casserole, des boites de conserves vides, et depuis quelques années, des canettes de soda et autres boissons, des tas de sacs en plastic de toutes les couleurs et des bouteilles mais sans génie à l’intérieur tombaient au fond de l’eau. C’est qu’il arrivait qu’il y ait des barques qui naviguent sur le lac et de temps à autre, divers objets se trouvaient ainsi jetés par-dessus bord. Une fois, il avait vraiment crû qu’il allait sortir du lac : un bateau s’était arrêté juste au-dessus de lui et des lignes de pêche s’étaient approchées de sa bouteille, il avait alors vivement espéré qu’un pêcheur réussisse à l’attraper mais c’est la chaussure qui avait été remontée. Au fil du temps, l’eau était devenu de moins en moins transparente, les poissons se faisaient plus rares et les pêcheurs moins nombreux.

Il avait obtenu le statut de génie par son père qui lui avait légué 999 vœux. Henri le génie les distribuait 3 pas 3. Il aurait pu se mettre au service d’un roi ou d’une reine mais il avait préféré travailler en toute indépendance soit pour aider de pauvres gens soit encore pour remercier ceux qui lui rendaient service. C’était un gentil génie qui aimait faire plaisir mais il n’était pas si simple de rendre les gens heureux. Il lui était été arrivé de faire de mauvaises rencontres. Il s’était ainsi retrouvé très longtemps dans une théière sans pouvoir sortir avant que quelqu’un ne l’en délivre. Mais par malchance l’homme à qui il avait offert trois vœux pour le remercier de l’avoir sorti de là, l’avait traité d’imposteur et mis dans cette bouteille avant de l’envoyer par le fond. Depuis ce jour maudit, Henri le génie attendait que quelqu’un le sorte de là. Il désespérait, il déprimait.

Il ne comprenait toujours pas pourquoi, les personnes à qui il pensait faire plaisir en leur offrant de réaliser trois de leurs vœux étaient la plupart du temps fâchées après lui de ce qu’ils avaient obtenu. Etait-ce de sa faute à lui si les gens n’avaient que des vœux stupides dans la tête et qu’ils n’étaient jamais contents. Il n’y avait que les enfants qu’il rendait heureux. Les enfants ont des envies simples et peuvent se réjouir de peu. Ils demandent des bonbons ou des trains électriques ou des jeux et c’est facile. Ils sont souvent plus généreux, ils veulent que leur maman soit heureuse, qu’il y ait toujours à manger à la maison surtout des gâteaux ou que leur papa ne batte plus personne et revienne tous les soirs à la maison avec le sourire certains veulent toujours avoir de bonnes notes à l’école ou souhaitent partir en vacances au bord de la mer. Henri le génie aimait réaliser leurs vœux qui donnaient toujours du bonheur. Mais les adultes sont très compliqués. Ils disent désirer une chose mais c’est une autre qu’ils auraient voulu.

L’homme qui avait traité Henri le génie d’imposteur après que celui-ci eut réalisé les trois vœux promis, avait commencé par souhaiter un plat de pâtes. Hop, il avait eu une énorme assiette remplie d’excellentes pates aux œufs frais. L’homme avait été très mécontent parce que le plat n’était pas assez salé et il avait voulu du sel et un instant après, il avait demandé du gruyère râpé. Voilà comment il avait utilisé ses trois vœux…. à manger des pâtes salées avec du gruyère râpé. Il aurait pu s’il avait réfléchi, demandait à être propriétaire d’un restaurant italien spécialisé dans la cuisine des pâtes. Ainsi il en aurait mangé à tous les repas, et en plus il aurait gagné de l’argent dans la restauration parce qu’il n’avait pas l’air très riche. Au lieu de cela, après avoir dévoré son plat de pâtes, il réalisa qu’il avait dépensé ses trois vœux, il exigea qu’Henri le génie, lui en offre trois autres. Mais c’était chose impossible : trois vœux par personne c’était le règlement. Alors l’homme avait été très contrarié, il avait frappé Henri le génie avant d’attraper une bouteille qui trainait sur sa table et de l’enfoncer à l’intérieur en lui criant d’aller au diable et en le lançant dans le lac. Personne n’imagine combien la vie est difficile pour les génies. 

(à suivre)

 

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Vendredi 23 décembre 2011 5 23 /12 /Déc /2011 11:30

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La voiture s’était arrêtée. La dame avait disparu. Il ouvrit la portière et se retrouva dans un grand parc. Il regarda sa montre et se désespéra. Il ne savait pas où il se trouvait et il ne restait que peu de temps avant son rendez-vous avec le magicien. Il avança et chercha quelqu’un auprès de qui se renseigner.


Il ne vit personne mais il entendit une petite voix qui disait : « Bonjour, bonjour, tout droit, tout droit, toujours tout droit ». Il chercha qui lui parlait ainsi. En se penchant, il aperçu un petit champignon qui souleva son chapeau pour le saluer en répétant « Bonjour, bonjour, tout droit, tout droit, toujours tout droit ».


Il poursuivit son chemin tout droit comme l’avait indiqué le champignon. Un peu plus loin, on chantait mais il ne voyait personne. Il dût lever la tête pour voir que c’était une pomme sur un arbre qui poussait la chansonnette. Les paroles de la chanson n’étaient pas très originales et surtout un peu monotones. « Bonjour, bonsoir, mesdames, messieurs, ne me croquez-pas et je vous dirais où aller ». Le lapin demanda à la pomme de lui indiquer son chemin. En le voyant la pomme devint toute rouge et s’affola « Ne me croquez pas, ne me croquez pas » bafouillait-elle. Martin se dit que cette pomme était bête et continua à avancer.


En passant près d‘un arbre, quelqu’un lui parla mais il ne vit personne : « Petit malpoli, vous pourriez me saluer tout de même. Ce ne sont pas des manières de passer ainsi sans même me regarder ». Martin chercha qui lui adressait la parole et se rendit compte que c’était l’arbre. Il s’excusa et lui demanda son chemin. C’était un grand arbre qui pouvait voir très loin.  « Là-bas, il y a une petite maison, quelqu’un saura surement vous renseigner » indiqua-t-il à Martin qui se dirigea vers l’endroit indiqué par l’arbre après l’avoir remercié et salué plusieurs fois.


En chemin, une araignée qui tricotait un cache-nez se moqua de lui « Un lapin de perdu, dix de retrouvés » ricana-t-elle.

Une marguerite qui pleurait à chaudes larmes voulut lui conter son chagrin. Martin s’excusa de ne pouvoir rester près d’elle, il avait à faire.

Un escargot que Martin avait failli écraser l’insulta « Sauvage, on n’a pas idée d’aller si vite sans regarder où l’on met les pattes ». Martin s’excusa et conseilla à l’escargot d’installer une petite lampe clignotante sur sa coquille pour signaler sa présence. Ainsi personne ne lui marcherait dessus.

Un oiseau siffla à son passage « Un lapin qui s’appelle Martin ne doit pas être très malin ».

Enfin, il arriva à la porte de la petite maison et il frappa. Personne ne lui répondit. Il voulut ouvrir la porte mais elle était fermée à clef. Martin fit le tour de la maison, aucune fenêtre n’était ouverte. Il regarda à l’intérieur mais il ne vit rien. Il regarda pour la dixième fois sa montre et à sa grande surprise, il s’aperçut que l’heure au lieu d’avancer, s’était mise à reculer. Ainsi il lui restait encore beaucoup de temps avant de retrouver son magicien. Il décida de se reposer et s’assit au pied d’un arbre silencieux. Il s’assoupit.


Il se réveilla en sursaut, quelqu’un lui tapait sur l’épaule. Martin se retrouva face au magicien qui lui parlait.

Viens Martin, sors de la voiture. Il est l’heure. Aujourd’hui est un jour très spécial C’est pour cela que j’avais envoyé Alice te chercher. Alice est une sorte de fée qui adore les lapins blancs avec une montre accrochée à leur gilet. Tu l’aurais su si tu ne t’étais pas endormi quand elle a voulu te raconter son histoire. » Le magicien s’adressa à Alice qui était toujours au volant de la voiture.

Vous allez rester en notre compagnie ce soir ma chère Alice Nous fêtons un anniversaire. Voilà un an tout rond que nous nous connaissons avec Martin. Il n’y aura pas de séance de magie en public. J’ai préparé une surprise »


Le magicien avait organisé une petite fête avec un très bon repas dans une salle toute décorée. Ils dînèrent tous les trois : Martin, Alice et le magicien.  A la fin du repas, le magicien prit la parole

Ecoute-moi Martin, tu es brave et très consciencieux, pour te récompenser, je vais t’apprendre quelques tours de magie qui pourront être très utile pour distraire tes amis. Et, je peux réaliser un vœu. Dis-moi ce que tu souhaites le plus ».


Martin était généreux, il répondit sans hésiter

Que mes enfants aient toujours à manger.

Le magicien lui répondit :

C’est accordé

Puis il prit sa baguette magique, fit quelques mouvements en prononçant une formule secrète.

Voilà, dit-il à Martin, tes enfants seront contents. Tu n’as plus besoin de travailler, tu peux aller vivre avec ta famille ».

Mais Martin ne l’entendit pas de cette oreille et chacun sait que les lapins ont de grandes oreilles.

J’aimerais beaucoup continuer à travailler avec vous mais rien qu’avec vous.


Le magicien réfléchit un peu puis il accepta mais à la condition que Martin ne vienne qu’une fois par semaine. Le magicien promit aussi de rendre visite à la famille de Martin. Ensuite, il apprit quelques petits tours de magie à Martin, et Alice reconduisit Martin chez lui.


Depuis, Martin le lapin va une fois par semaine travailler avec le magicien et certains soirs, c’est le magicien qui vient dans la prairie où vivent Martin et sa nombreuse famille. Là, il accomplit quelques tours de magie pour la plus grande joie de tous les petits lapins. De rares promeneurs qui sont passés par là pendant que le magicien y était, racontent qu’ils ont vu des araignées qui dansaient et des pommes qui chantaient, des champignons qui soulevaient leurs chapeaux et des escargots qui faisaient le gros dos en clignotant tandis que les arbres récitaient des poèmes. Mais bien sûr personne n’a jamais cru de pareilles histoires sauf quelques doux rêveurs. Et c’est bien ainsi, sinon le monde aurait envahi la prairie de Martin qui serait devenue un parc d‘attraction.


La famille de Martin s’est encore agrandie et dans la prairie il y a maintenant un âne qui s’appelle Jeannot. Jeannot, quel drôle de nom pour un âne….

MCH

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Mercredi 19 octobre 2011 3 19 /10 /Oct /2011 20:54

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Par trois fois, il tapa la patte sur le sol en regardant sa montre et dit « maintenant, je suis en retard ». Martin, le lapin, se mit à courir. Martin, quel drôle de nom pour un lapin, un âne peut s’appeler Martin mais un lapin…. C’est pourtant ainsi qu’il se prénommait, la faute à son père qui était devenu ami avec l’âne qui s’appelait Martin alors qu’ils partageaient le même champ. Il avait donné ce prénom à son fils aîné en souvenir de cette belle amitié.


Martin le lapin avait un métier et pas n’importe lequel, il était lapin de magicien. Lapin de magicien, ce n’est pas tous les jours facile, et parfois, c’est même très fatiguant. C’est pour cela qu’il y a beaucoup moins de lapins qui veulent être lapin de magicien, et comme les magiciens ont besoin de lapins, Martin travaillait, non pas auprès d’un seul mais auprès de trois prestidigitateurs. Martin était gentil et malin, il savait qu’il devait surtout ne jamais révéler à personne les secrets de la magie. S’il le faisait, il perdrait aussitôt ce travail qui lui permettait de nourrir sa nombreuse famille. Martin avait beaucoup d’enfants. Il en avait tant et tant qu’il n’arrivait plus à les compter.


Pour être honnête, Martin aurait dû dire qu’il travaillait pour deux prestidigitateurs et un magicien. Les deux prestidigitateurs se contentaient de le faire sortir d’un chapeau en le tirant par les oreilles. Ca lui faisait très mal. Puis ils le posaient dans une caisse et le laissaient là dans le noir jusqu’à la fin de leur représentation. Ainsi, plusieurs fois par soir, on l’attrapait par les oreilles, on l’élevait dans les airs pour que tous les spectateurs puissent bien le voir. Les petits enfants étaient contents. Les grands aussi mais moins et parfois les très petits avaient peur et se mettaient à pleurer. Martin en était tout chagrin.


Avec le magicien, c’était autre chose, jamais il ne lui avait tiré les oreilles pour le sortir d’un chapeau. Le magicien possédait une baguette magique. Tout le monde croit qu’il suffit d’une baguette magique pour obtenir ce qu’on a envie : pains au chocolat, bonbons, rollers et même playstation, ordinateur etc… mais ce n’est pas vrai du tout. La baguette magique doit être de très bonne qualité et il est de plus en plus difficile d’en trouver des vraies mais il faut surtout que le magicien soit talentueux c'est-à-dire qu’il sache parfaitement s’en servir. Pour cela il doit énormément travailler avant d’arriver à faire surgir un lapin sans les mains avec juste un petit coup de baguette magique. Seuls, les plus grands magiciens peuvent avoir une baguette magique. Il y en a très peu dans le monde, cinq peut-être, pas beaucoup plus c’est certain. Martin avait eu la chance d’en rencontrer un. En réalité, c’était le magicien qui avait remarqué Martin. Une nuit, Martin s’était échappé de la maison d’un prestidigitateur cruel qui l’enfermait dans une cage et ne le laissait jamais sortir. Le prestidigitateur avait mal fermé la porte de sa cage, Martin en avait profité pour se sauver. Il s’était perdu et avait fini par se blottir dans le recoin d’un portail. C’est là que le magicien l’avait trouvé, tremblant de froid et de peur. Il l’avait recueilli chez lui. Martin lui avait raconté son histoire. Il faut savoir que les vrais magiciens savent parler aux lapins et à presque tous les animaux sauf aux serpents qui n’aiment que la musique de la flute et aux araignées qui n’aiment que tricoter et sont peu sociables.


Le magicien lui avait proposé de l’accompagner dans ses tournées pour l’aider à égayer les enfants. Il n’avait pas vraiment besoin de lapin mais il pensa que cela ferait plaisir aux petits d’en voir un. Martin aimait le magicien, il serait bien resté tout le temps avec lui mais avec une si grande famille à nourrir, il était obligé de travailler aussi ailleurs.


Certains jours, il devait quitter rapidement la salle de spectacle dans laquelle se produisait l’artiste (les prestidigitateurs sont des artistes mais le magicien est une sorte de génie qui peut réaliser des vœux) pour rejoindre une autre salle avec un autre artiste. Seulement voilà qu’un soir, l’un des spectacles avait duré plus longtemps que prévu et il était en retard pour son apparition en public avec le magicien. Tout ça par la faute d’un prestidigitateur qui l’avait laissé sur une table au milieu des personnes qui dînaient. Il avait dû rester là et n’avait pas pu partir immédiatement après son apparition publique. Il regarda sa montre et se désola, il n’arriverait jamais à l’heure. Et dire que c’était le magicien qui lui avait offert cette jolie montre pour qu’il ne soit jamais en retard.


Il décida de prendre un taxi. Il y a peu de chauffeurs de taxi qui accepte que les lapins montent à bord de leur voiture. Ils disent que le lapin est sale et qu’il fait des crottes partout. Mais c’est tout à fait faux. Le lapin sait très bien se tenir s’il a été bien élevé. Martin avait reçu une bonne éducation Mais aucun taxi ne s’arrêtait devant lui et le pauvre courait. Il courait aussi vite qu’il pouvait. Une voiture finit par s’arrêter prés de lui et une jolie dame ouvrit sa vitre et proposa à Martin de l’emmener. Martin accepta. Il faisait chaud dans la voiture et la dame sentait bon. Elle lui dit qu’autrefois, quand elle était jeune, elle avait connu un drôle de lapin qui était aussi pressé que Martin et regardait toujours sa montre. Puis elle se mit à lui raconter une histoire mais Martin qui était fatigué, s’endormit et ne l’entendit pas. 

A suivre

MCH

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Dimanche 16 octobre 2011 7 16 /10 /Oct /2011 18:48

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Bernard et Laura avaient troqué leur costume de ville pour une tenue de scène. Laura, lumineuse, buste moulé dans le haut d’une robe verte qui s’évasait à la taille, chevelure en liberté. Attirante beauté qui captait l’attention. Bernard, costume sombre de coupe moderne sur chemise blanche et cravate de cuir était classe mais classique.  Adrien trouva astucieux cette agréable manière de détourner ainsi le regard des spectateurs vers la partenaire pendant les manipulations. Ils avaient du talent et du savoir-faire. Les tours de cartes étaient sophistiqués avec des mises en scène qui renouvelaient le genre. L’assemblée ne pipait mot. Le rythme des tours était soutenu, ne laissant place à aucun temps mort. Adrien se laissa prendre à ce spectacle.

 

Il y eut des poissons qui surgirent dans des bocaux, des grenouilles et des perroquets qui apparurent sur les tables et dans les verres, des foulards qui changeaient de couleurs et se multipliaient, des disparitions de portefeuilles, des apparitions de billets de banque, des substitutions de clefs etc. La salle applaudissait, les enfants s’étonnaient. Puis Laura demanda le silence pour permettre à Bernard de se concentrer très fort, il allait réaliser un tour de magie unique qui exigeait beaucoup de patience. Elle s’avança alors vers Adrien et lui murmura « Un messager va vous rendre visite, soyez attentif à ce qu’il vous dira et ne doutez pas » le laissant perplexe et intrigué. Ce qui se passa ensuite, il ne saurait le raconter en détail mais il se retrouva avec un lapin blanc sur les genoux. Le plus étonnant n’était pas la présence de cet animal mais le fait que le lapin lui parlait, du moins en fut-il persuadé car personne ne pu le confirmer ensuite. Adrien entendit clairement le lapin lui déclarer «  A compter de maintenant, il vous reste deux heures avant l’ouverture de la porte qui mène au pays des merveilles, le désir que vous formulerez  à ce moment là se réalisera, ne vous trompez pas de vœu et bonne chance » Et le lapin se retrouva dans un chapeau à saluer de la patte avant droite l’assistance qui applaudit à tout rompre.


Lorsque la lumière se fit à nouveau plus intense, il avisa que la chaise à ses côtés était vide. Adrien demanda où était passée sa voisine et Jean-Michel répondit négligemment  que suite à un appel téléphonique, elle avait dû partir très vite ce qui perturba Adrien. La soirée se poursuivit. Adrien se dit qu’il avait dû rêver les propos du lapin. Il mit cela sur le compte du punch. Encore heureux qu’il n’en ait pris que deux verres ! Il prit congé vers une heure du matin. Pendant le retour, il repensa au lapin bien qu’il fût convaincu d’avoir eu une hallucination même si Laura alors qu’il lui disait au-revoir lui avait glissé à l’oreille « N’oubliez pas » ravivant ses doutes d’avoir ou non vécu la scène, il se dit qu’il serait amusant de formuler un vœu. Il se rendit compte de la difficulté à n’en sélectionner qu’un. L’argent ne lui manquait pas mais s’il en obtenait plus, il se lancerait dans le mécénat. Son capital santé restait tout à fait bon. L’idée de retrouver sa femme vivante l’effleura mais il l’occulta aussitôt de peur de souffrir encore. Il extirpa de sa mémoire un désir qu’il avait enfant, être chef des pompiers pour conduire un camion rouge, rutilant et « pimponnant ». Il en sourit.


Une fois la liste des souhaits les plus évidents et les plus faciles, mais sans réel intérêt, épuisée, il poussa la réflexion et tomba sur le vœu d’avoir vingt ans, trouva que c’était  trop jeune, il s’arrêta à trente-cinq ans, quarante serait parfait. Il déclina ce vœu, le tourna dans tous les sens pour arriver à la conclusion qu’il fallait qu’il parte de ce qu’il était aujourd’hui. Il avait l’impression de n’avoir pas grand-chose à changer dans sa vie mais la soirée lui avait donné des envies de partage, de rencontre, des envies de bonheur simple avec les autres et il se remit à rêver, une idée se précisa il reconnut là son désir le plus puissant même s’il était réticent à le reconnaître comme tel et plus encore à l’accepter. Deux heures sonnaient lorsqu’il arriva à son domicile, fatigué mais heureux d’être sorti et plus encore d’en avoir pris du plaisir.


Cette nuit-là, il dormit comme un bienheureux. Le lapin blanc le visita en rêve. Il portait un costume sévère et un attaché case pendait à sa patte. Il avançait vers un arbre où s’était endormie une fillette. Arrivé à sa hauteur, il fit du bruit pour la réveiller. Il criait, « le temps presse, le temps presse ». L’enfant tout éberluée questionnait « mais pourquoi faire se dépêcher ainsi » et le lapin qui ne s’était pas arrêté, lança « la porte, ne s’ouvre qu’une fois par siècle et ne reste ouverte que peu de temps. Vite, il faut y aller. » La fillette se leva vacillante et le suivit. Adrien se réveilla avec un sentiment de bien-être. Il sut alors ce qui lui plairait par-dessus tout. Le lapin l’avait aidé à formuler son désir. Il avait brièvement évoqué cette envie en la repoussant aussitôt, pensant qu’il n’était pas prêt et ne le serait peut-être jamais plus. Mais c’était surtout la crainte d’être heureux à nouveau et de peut-être en souffrir ensuite qui le bloquait. Il décida qu’il était temps de modifier cette posture, et il se leva avec la ferme intention de se faire du bien. C’est ainsi qu’il se retrouva sur le chemin de la boulangerie pour aller s’acheter un croissant et une baguette fraîche. La perspective de démarrer ce dimanche en s’offrant le plaisir d’un petit déjeuner complet avec du pain frais, croustillant et un croissant au beurre qu’il réchaufferait un peu afin qu’il fonde dans la bouche lui parut en cet instant le summum du bien-être. Il s’en étonna et se dit que ce devait être là, le signe qu’il sortait de la longue torpeur où l’avait plongé la mort de sa femme. Il sentit l’odeur du pain qui sortait du four et flottait dans la rue. Il accéléra le pas comme s’il était pressé. Les vers du poète René Char lui vinrent aussitôt en tête « Hâte-toi, hâte-toi de transmettre ta part de merveilleux, de rébellion, de bienfaisance. Effectivement, tu es en retard sur la vie….. ». Oui, il devait se dépêcher de vivre. Entrant dans la boutique, il heurta une femme qui en sortait. Alors qu’il s’excusait en rougissant, elle dit « Comment allez-vous depuis hier soir », il la dévisagea et la reconnut, sa voisine de table, Sophie ou Sabine, il n’avait pas retenu son prénom mais il fut agréablement surpris de la rencontrer.


J’en serais enchanté.

Puis, avant d‘avoir même réfléchi, il s’entendit lui demander,

Et si nous prenions ce petit déjeuner ensemble. Enfin, reprit-il un peu gêné par son audace, si cela vous convient et si vous êtes seule.

Il eut l’impression qu’il s’engluait dans son propos et qu’il ferait mieux de se taire. Lui demander si elle était seule, quelle maladresse. Mais elle souriait,

C’est une excellente idée, j’allais vous faire la même proposition.

Il acheta baguette et  croissants, y ajouta un sachet de petits œufs en chocolat, Pâques approchait, réalisa-t-il. Il se sentit l’âme d’un enfant à la sortie de l’école, impatient, affamé et gourmand. Elle l’attendait devant la boutique, les yeux levés au ciel. Sans façon, elle lui prit le bras et se laissa guider. Tournant la tête vers la vitrine, il vit très nettement le lapin blanc en chocolat lui faire un clin d’œil. 

MCH

 

 

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Samedi 15 octobre 2011 6 15 /10 /Oct /2011 19:17

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- Je pensais que tu avais renoncé à venir, dit Jean-Michel en l’accueillant.

- Tu sais pertinemment que je t’aurais prévenu si tel était le cas. Mais vois, je suis bel et bien là et je vais même te dire que je suis prêt à affronter ton envahissante famille.

- Je leur ai dit que tu venais et ceux qui te connaissent sont très heureux de te revoir.


Passé le premier choc de se retrouver au milieu de tant de monde, d’avoir de tant de mains à serrer, d’embrassades chaleureuses à accepter, de sourires à rendre et tant de réponses aux questions plus ou moins discrètes auxquelles il avait plus ou moins répondu, il se retrouva un verre à la main, un peu à l’écart observant cette assemblée disparate mais qui semblait se trouver bien ensemble. Il regarda son verre, pensa qu’il n’avait pas bu d’alcool depuis dix ans au moins, hésita un instant avant d’en avaler le contenu et se promit que ce serait l’unique fois de la soirée où il dévierait ainsi de sa conduite Le punch aux accents fruités eut momentanément raison de cette résolution. Adrien osa un second verre. Certes il s’était décontracté mais la tête lui tournait un peu et il dut s’assoir.


- Je n’ai plus l’habitude ni de boire ni de passer du temps avec autant de personnes mais ça va aller et je vais me cantonner aux boissons sans alcool pour le reste de la soirée. Je suis content d’être là.

- Je l’espère bien mais n’hésite pas à me faire signe si tu as besoin de quelque chose ou si tu te sens mal à l’aise. Je suis très touché que tu aies accepté de venir ce soir. Je t’avais invité parce que j’avais vraiment envie de te savoir à mes côtés pour mes cinquante ans mais je craignais que ce soit pour toi une épreuve au-dessus de tes forces.

- Je suis un peu déboussolé, avoua Adrien, mais je pense sincèrement que le moment est venu de sortir de mon ermitage et je suis heureux que ce soit à l’occasion de cette fête.

- Viens, je vais te présenter Laura et Bernard, je les ai rencontrés il y a quatre ans sur une plage de la côte basque. Ils sont étonnants tous les deux, je ne t’en dis pas plus si ce n’est que vous possédez en commun cette passion des oiseaux et sur ce sujet vous êtes intarissables.


Bernard et Laura formaient un couple bizarrement assorti. Laura attirait le regard de tous ceux qui passaient à sa portée. Sa silhouette d’une taille moyenne, aux formes généreuses, aurait pu paraître quelconque si elle n’avait été dominée par cette chevelure volumineuse, tirant sur le roux faisant immanquablement penser à une crinière. Cette masse de cheveux tombant en cascade sur les épaules, accentuait la finesse des traits, la pâleur de la peau et l’éclat d’un regard vert émeraude. A première vue, elle éclipsait totalement son compagnon qui paraissait très fade si l’on n’y prêtait pas attention. En s’attardant sur le visage de celui-ci, on notait des yeux qui évoluaient sans cesse et s’animaient étrangement, dégageant une impression presque inconfortable. Sa voix grave, chaude avec une pointe d’accent russe, que lui avait légué une grand-mère, atténua le léger malaise qu’Adrien avait éprouvé au premier abord, et quelques minutes après leur rencontre l’impression s’inversa totalement. Non seulement, il se sentit bien en leur compagnie mais c’était désormais Bernard qui captait entièrement son attention. Leur conversation passa sans accroc de l’observation des oiseaux à celle de leurs contemporains. Avant qu’il n’ait réalisé ce qu’il état en train de révéler, Adrien leur confiait ses réflexions sur la solitude et l’impérieuse nécessité de s’y confronter à différents moments de la vie mais aussi dont il fallait savoir sortir pour ne pas se laissait enfermer dans son cocon et que ce refuge ne se transforme en fuite permanente de la réalité voire en une misogynie chronique et incurable. Il leur raconta comment sa femme, la mère de sa fille avait péri dans un accident de voiture alors qu’il s’était mis au volant contre l’avis de tous, après une soirée bien arrosée. Le prix à payer pour cet instant de suffisance et d’insouciance était si élevé qu’il se demandait encore comment il avait pu survivre. Il l’avait fait pour sa petite fille qui ne méritait pas d’être abandonnée, mais aussi par orgueil pour assumer entièrement sa responsabilité et porter tout le poids de la culpabilité. Il avait néanmoins dû avoir recours au progrès de la chimie pour affronter cette horreur.

 

Bernard et Laura le laissèrent poursuivre un moment son monologue sur la culpabilité et la repentance. Alors que son propos commençait à tourner en rond et à s’essouffler Bernard lui demanda :

- Vous êtes un ami d’Alice

De qui ? Alice ? Je crains de ne pas connaître de personne répondant à ce prénom. Alice qui ?

Alice, l’unique, celle du pays des merveilles.

- Lewis Carroll… celle-là,  Pourquoi cette question ?

- Le lapin blanc, celui qui ouvre l’histoire, celui qui va conduire Alice dans ce pays des merveilles,

répondit Bernard en souriant.


Il fallut à Adrien, quelques secondes pour comprendre le lien fait par Bernard entre les questions posées et son pin’s. Il rit et s’étonna de sentir son rire. Il ne riait plus si souvent, d’ailleurs avait-il ri toutes ces longues années de pénitence. Pourtant Bernard et Laura ne riaient pas et leur sérieux l’intrigua.


-  Je ne connais plus le chemin de ce pays, leur dit-il.

- Je peux vous y conduire, j’ai un ami qui sait s’y rendre et entretient avec Alice les rapports les plus cordiaux assura Bernard

 

ajouta Laura qui n’avait pas encore pris la parole.

- Affiner votre désir de merveilleux, et soyez prêt à le vivre. Mais faîtes-le vite pour ne pas laisser passer l’ouverture de la porte,

compléta mystérieusement Bernard.


L’échange laissa Adrien perplexe mais il n’eut pas le temps de le poursuivre, le repas les sépara. Il se retrouva assis à la table d’honneur face à Jean-Michel, entre une cousine et une nièce. Il s’étonna de se laisser aller sans réticences aux conversations qu’il y a peu, il aurait trouvé futiles et sans aucun intérêt. Il prit plaisir à discuter avec sa voisine de littérature et de philosophie. Il s’étonna de la profondeur des propos qu’elle tenait marquant une réflexion creusée sans être pédante qui lui laissa penser qu’elle avait dû rencontrer une souffrance contre laquelle elle avait lutté. Il se sentit bien dans cet échange. Leur conversation prit un tour plus personnel. Ils se rendirent compte qu’ils avaient bien des idées et des goûts en commun. Pendant ce moment, Adrien eut l’impression de redécouvrir la vie à travers l’émotion qu’il ressentait mais refusait de définir. Un court instant, il chercha des yeux Bernard et Laura mais ne put les apercevoir. Il s’en intrigua. Il parcourut à nouveau l’assemblée du regard, table après table, mais ne les vit pas plus. Il allait en faire la réflexion à Jean-Michel quand intervint une coupure d’électricité. Dans l’obscurité, on entendit des grands ha et des petits gloussements et lorsque la lumière revint, elle laissait la salle dans une douce pénombre à l’exception d’un cercle fort lumineux en son centre dans lequel, se tenaient Bernard et Laura. A voir les accessoires qui les entouraient, chacun comprit qu’ils allaient effectuer des tours de magies. Les enfants les plus jeunes, s’assirent à même le sol face aux artistes pour mieux profiter du spectacle. Les plus âgés sortirent discrètement pour aller fumer au grand air et se libérer un peu des adultes qui selon eux étaient vraiment loin d’être des gens sérieux. car la magie, c’était vraiment ringard à leurs yeux.

A suivre

MCH

 

Par mouettes rieuses - Publié dans : contes de faits - Communauté : jeune auteur et compositeur
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Lundi 10 octobre 2011 1 10 /10 /Oct /2011 19:18

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