Henri le génie n’aurait pas su dire depuis combien d’années il vivait-il ici. Il n’avait compté ni les semaines ni les mois et encore moins les années et les siècles mais il y avait longtemps et même très longtemps qu’il croupissait là. C’était rageant d’ailleurs d’être coincé à attendre qu’un petit malin le libère enfin. D’autant plus énervant qu’il ne lui restait plus que trois vœux à offrir et à réaliser pour enfin être libre de faire ce qu’il voulait. Quand il pourrait donner les derniers trois vœux qui lui restaient encore à délivrer, son travail de génie prendrait fin.
Henri, génie de troisième zone, se morfondait depuis des années dans une bouteille de vin mal lavée, fermée par un vulgaire bouchon. Un homme l’y avait enfermé avant de lancer la bouteille au fond du lac au milieu d’une immense forêt. Par chance la bouteille était transparente ce qui permettait à Henri le génie, de recevoir la visite des poissons, de regarder plonger des canards, d’apercevoir des grenouilles et de voir flotter des algues. Parfois, une fourchette, une chaussure, une casserole, des boites de conserves vides, et depuis quelques années, des canettes de soda et autres boissons, des tas de sacs en plastic de toutes les couleurs et des bouteilles mais sans génie à l’intérieur tombaient au fond de l’eau. C’est qu’il arrivait qu’il y ait des barques qui naviguent sur le lac et de temps à autre, divers objets se trouvaient ainsi jetés par-dessus bord. Une fois, il avait vraiment crû qu’il allait sortir du lac : un bateau s’était arrêté juste au-dessus de lui et des lignes de pêche s’étaient approchées de sa bouteille, il avait alors vivement espéré qu’un pêcheur réussisse à l’attraper mais c’est la chaussure qui avait été remontée. Au fil du temps, l’eau était devenu de moins en moins transparente, les poissons se faisaient plus rares et les pêcheurs moins nombreux.
Il avait obtenu le statut de génie par son père qui lui avait légué 999 vœux. Henri le génie les distribuait 3 pas 3. Il aurait pu se mettre au service d’un roi ou d’une reine mais il avait préféré travailler en toute indépendance soit pour aider de pauvres gens soit encore pour remercier ceux qui lui rendaient service. C’était un gentil génie qui aimait faire plaisir mais il n’était pas si simple de rendre les gens heureux. Il lui était été arrivé de faire de mauvaises rencontres. Il s’était ainsi retrouvé très longtemps dans une théière sans pouvoir sortir avant que quelqu’un ne l’en délivre. Mais par malchance l’homme à qui il avait offert trois vœux pour le remercier de l’avoir sorti de là, l’avait traité d’imposteur et mis dans cette bouteille avant de l’envoyer par le fond. Depuis ce jour maudit, Henri le génie attendait que quelqu’un le sorte de là. Il désespérait, il déprimait.
Il ne comprenait toujours pas pourquoi, les personnes à qui il pensait faire plaisir en leur offrant de réaliser trois de leurs vœux étaient la plupart du temps fâchées après lui de ce qu’ils avaient obtenu. Etait-ce de sa faute à lui si les gens n’avaient que des vœux stupides dans la tête et qu’ils n’étaient jamais contents. Il n’y avait que les enfants qu’il rendait heureux. Les enfants ont des envies simples et peuvent se réjouir de peu. Ils demandent des bonbons ou des trains électriques ou des jeux et c’est facile. Ils sont souvent plus généreux, ils veulent que leur maman soit heureuse, qu’il y ait toujours à manger à la maison surtout des gâteaux ou que leur papa ne batte plus personne et revienne tous les soirs à la maison avec le sourire certains veulent toujours avoir de bonnes notes à l’école ou souhaitent partir en vacances au bord de la mer. Henri le génie aimait réaliser leurs vœux qui donnaient toujours du bonheur. Mais les adultes sont très compliqués. Ils disent désirer une chose mais c’est une autre qu’ils auraient voulu.
L’homme qui avait traité Henri le génie d’imposteur après que celui-ci eut réalisé les trois vœux promis, avait commencé par souhaiter un plat de pâtes. Hop, il avait eu une énorme assiette remplie d’excellentes pates aux œufs frais. L’homme avait été très mécontent parce que le plat n’était pas assez salé et il avait voulu du sel et un instant après, il avait demandé du gruyère râpé. Voilà comment il avait utilisé ses trois vœux…. à manger des pâtes salées avec du gruyère râpé. Il aurait pu s’il avait réfléchi, demandait à être propriétaire d’un restaurant italien spécialisé dans la cuisine des pâtes. Ainsi il en aurait mangé à tous les repas, et en plus il aurait gagné de l’argent dans la restauration parce qu’il n’avait pas l’air très riche. Au lieu de cela, après avoir dévoré son plat de pâtes, il réalisa qu’il avait dépensé ses trois vœux, il exigea qu’Henri le génie, lui en offre trois autres. Mais c’était chose impossible : trois vœux par personne c’était le règlement. Alors l’homme avait été très contrarié, il avait frappé Henri le génie avant d’attraper une bouteille qui trainait sur sa table et de l’enfoncer à l’intérieur en lui criant d’aller au diable et en le lançant dans le lac. Personne n’imagine combien la vie est difficile pour les génies.
(à suivre)
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