anges-ennui.jpgPour la lettre I, je souhaitais parler d’immoralité plutôt que d’immortalité mais le sujet est tabou et il ne faut pas surtout pas le soulever sous peine de subir les foudres célestes qui en plus de nous épuiser pour de longs mois, risquent de provoquer sur la Terre, des dégâts collatéraux du genre tsunami. Les Terriens n’apprécieraient pas du tout. Nous sommes censés être des entités pures, sans tâche et tout le tralala et au dessus de tout soupçon en matière de moralité. La réalité est beaucoup plus nuancée. Certains sont même des marginaux de la morale. Chut, je n’irais pas plus loin pour l’instant sur ce terrain glissant mais j’espère ne pas en rester là…

En matière d’immortalité, il y a peu à dire, nous jouissons d’un avenir sans fin même si quelques accidents du genre désintégration (voir la lettre A comme ailes) endeuillent notre S.A, la profession de médecin n’est pas vraiment nécessaire à l’exception toutefois des psys en tout genre : psychiatres, psychologues, psychanalystes, psychomotriciens,… qui doivent faire face à de nombreux cas de mélancolie, d’addictions en tout genre -  aux jeux surtout -  à quelques cas de schizophrénie et autres maladies mentales. Les Anges traversant des crises psychotiques sont relégués près d’un trou noir aux confins de la galaxie afin qu’ils ne soient pas remarqués. C’est la rançon de l’ennui d’une trop longue vie. L’infinitude engendre des symptômes d’angoisse, une sorte de vertige, de peur du vide.

Comment fait-on pour meubler l’infinité du temps ? En dehors des années de travail et des remises à niveau obligatoires, nous, les Anges multiplions les loisirs et les formations à la carte. Ceux qui n’ont pas aucune passion ni activité de groupe risquent fort de sombrer dans la dépression et la mélancolie. Il y a peu, une centaine d’année à peu près, le big boss nous a obligés à être adhérents d’au moins trois associations culturelles et d’une association sportive.  C’est ainsi que je me retrouve à pratiquer le surf sur trou noir, un sport de glisse à risque qui consiste à exécuter des figures de style à l’entrée de ces anomalies spatiales en évitant de se faire happer. Quelques centaines de désintégrations par siècle. Côté culture, en plus de la musique et de l’écriture, des langues O (ce sont les langues orphelines de galaxies éloignées), je me suis inscrit à un cours de broderie et de canevas. J’ai fort envie de broder des napperons et de réaliser des tableaux aux points de croix pour accrocher aux nuages et rendre l’atmosphère plus gaie. Malgré tout, le temps, parfois, parait long, long, long, infiniment long… Il y a des Anges qui meurent d’ennui…c’est même la deuxième cause de mortalité chez les Anges mais chut…. c’est  aussi un sujet tabou…

 

Vous avez dit immoralité... euh immortalité ?

MCH  

Par mouettes rieuses - Publié dans : abécédaire de l'ange - Communauté : le texte voyageur
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Samedi 27 février 2010 6 27 /02 /Fév /2010 08:56

fontaine-l-observatoire-.jpg

Six heures six, il est six heures six exactement pas une minute de plus, pas une de moins. Du lundi au samedi, à cet instant précis, alors que l’après midi tire à sa fin, je la vois franchir la porte d’entrée de l’immeuble d’en face et partir à droite pour remonter vers le boulevard Saint-Michel. Chaque jour, lorsqu’elle pose le pied sur le trottoir, je regarde la pendule du salon et immanquablement, je lis six heures six. Je pourrais me dispenser de vérifier l’heure mais je n’arrive pas à m’en empêcher comme si je voulais la prendre en faute. Jamais, elle ne m’a offert ce plaisir. Je pourrais régler tous les réveils, montres et autres horloges sur sa sortie quotidienne. J’en possède des réveils, montres et autres horloges. Le temps, c’est un peu tout ce qu’il me reste et dans toutes les pièces de mon appartement  jusque dans les toilettes, j’ai disposé sur les murs et les meubles, ces marqueurs du  temps qui passe. Même des objets comme la cuisinière me donnent  l’heure à la minute près. J’ai ainsi l’impression de ne pas en perdre une seconde. Je sais, c’est ridicule. Je suis vieux et mes plaisirs se font rares. J’attends… quoi au juste… difficile à dire… mais j’attends…j’attends  l’heure, vous voyez de quoi je parle….de la mienne… d’heure et je ne voudrais pas la rater par distraction alors je la guette. Quand je ne suis pas en train de surveiller l’heure ou de dormir, je reste assis dans le fauteuil que j’ai placé devant la fenêtre du salon de manière à pouvoir observer les passants. Ça m’occupe. Le matin, à partir de six heures, des silhouettes isolées apparaissent dans l’ombre, pressées, décidées. Vers sept heures trente, la rue se fait plus animée. Les jeunes se dirigent vers les lycées et collèges. Ils se regroupent devant la boulangerie, un lieu de rendez-vous incontournable.  Je ne les entends pas vraiment mais je peux aisément deviner de quoi ils parlent : les parents, la télé, les jeux vidéo, le devoir de math, les cours, la prochaine interrogation écrite, ce ne sont pas les sujets de conversation qui leur manquent. Mais le moment enchanté du début de journée se situe entre huit heures et huit heures vingt lorsque les parents conduisent leurs bambins à l’école. Le matin, ce sont souvent les pères qui accompagnent leurs enfants encore enveloppés de sommeil et chargés d’un sac si énorme qu’ils paraissent déjà porter le poids du monde sur leurs frêles épaules. Et ces couples disparates laissent dans leur sillage des bouffées de tendresse qui me réchauffent le cœur. Je suis seul depuis longtemps alors même par procuration les signes d’affection me réconfortent. Pour me distraire de cette solitude, il y a Marina qui, deux fois par semaine, vient faire le ménage en s’interrompant régulièrement pour me raconter sa vie d’étudiante, ses difficultés, son amoureux, ses projets et Ahmed, l’épicier de la place qui me monte les courses que je lui commande par téléphone et reste toujours quelques minutes pour prendre de mes nouvelles.

Je descends parfois marcher dans les jardins du Luxembourg. Le jardin Marco-Polo, le plus proche de chez moi, a ma préférence. Je fais le tour de cette imposante fontaine où d’impétueux chevaux se cabrent semblant faire gicler l’eau en multiples éclaboussures, d’étranges dauphins et de vaillantes tortues crachent consciencieusement un jet d’eau régulier et le monde, au sommet de l’ensemble porté comme un trophée par quatre femmes de quatre continents, émerge victorieux. Un monument dont la force et la dynamique continue de m’attirer comme un aimant. Il y  a  toujours des touristes pour se prendre en photo devant. Puis, je m’assieds, sur un banc, sous les marronniers et je me laisse aller à des rêveries anodines en regardant les promeneurs et autres flâneurs qui sillonnent les allées en toutes saisons avant de retourner prendre place dans mon perchoir.

J’occupe depuis plus de cinquante ans, au troisième étage d’un immeuble sans âme, un confortable appartement. Le quartier qui m’était si familier autrefois se fait un peu étranger aujourd’hui. Des voisins déménagent, disparaissent, d’autres personnes prennent leur place, les boutiques deviennent des appartements ou changent d’enseigne souvent et rapidement, là où il y avait hier un cordonnier, il y a aujourd’hui un espace pour les photocopies etc….  Tout va très vite à présent… ou bien ai-je juste cette impression de vitesse depuis que je reste immobile dans mon fauteuil.

18h, je suis à mon poste d’observation. 18h06, elle apparait, ponctuelle. Cette petite a dû avaler un coucou suisse pour être ainsi exacte à la minute près chaque jour. Je l’ai repérée il y a plus de deux mois… un peu par hasard parce qu’à cette heure-là je regarde les jeux à la télévision. A présent, j’attends qu’elle sorte avant de me coller devant l’écran..  Où va-t-elle ? Je ne la vois jamais rentrer. Infirmière, serveuse dans un bar que peut-elle bien faire dans la vie qui la conduise dehors pour la soirée ?

Ce matin je suis allé au jardin et je l’ai vue. Elle donnait à manger aux oiseaux. Elle est jolie. Pigeons et moineaux se disputaient les miettes qu’elle leur lançait. Elle m’a regardé un moment puis s’est dirigé vers moi. Mon cœur s’est mis à battre plus vite. J’ai ressenti un plaisir teinté d’anxiété. Elle m’a salué et a dit.

-       C’est bien vous qui habitez en face de chez moi ?

J’ai répondu oui bien que pendant un instant j’ai été tenté de dire non comme un gamin qui voudrait nier une faute qu’il a commise.

-       Je vous vois regarder la rue presque toute la journée.

-       Je n’ai plus vraiment d’autres distractions, ai-je dit comme si je voulais m’excuser.

-       Ne vous justifiez pas, monsieur, la rue offre un immense potentiel d’histoires.

Je n’ai pas pu résister et je lui ai posé la question qui me turlupinait tant.

-       Tous les après midis de la semaine à six heures six précisément, vous franchissez la porte d’entrée de votre immeuble. Comment faites-vous pour être aussi parfaitement et régulièrement à l’heure ?

Elle a paru surprise et puis elle s’est mise à rire en m’expliquant qu’elle avait installé une alarme sur son ordinateur qui lui permettait cet exploit si tant est que s’en fut un mais elle ne se doutait pas que quelqu’un remarquerait ce petit jeu qu’elle pratiquait juste pour elle-même, une sorte de challenge en quelque sorte. Elle a fini par s’assoir à mes côtés et nous avons fait un peu connaissance. Elle parlait avec aisance et poésie.

-       Je suis conteuse, j’anime une émission de radio chaque soir de la semaine. Lorsque vous me voyez partir, je me rends à la maison de la radio pour travailler. Je commence par répondre aux auditeurs qui ont eu la gentillesse de m’écrire. Je vais en régie pour caler avec le technicien  les musiques qui seront diffusées. Mes contes ne parlent ni de fées ni de sorcières quoique parfois… elles s’invitent dans les récits. Mes contes prennent appui dans un réel que je métamorphose que j’embellis, que je malaxe, que je rends heureux ce sont des contes de faits, F.A.I.T.S.

Afin que je comprenne mieux, elle a pris un exemple.

-       Vous voyez la tortue de la fontaine qui est devant nous, à la nuit tombée, elle va rejoindre son amoureux et ils se promènent sur la pelouse. Les dauphins plongent dans le bassin qui rejoint la mer pour s’ébattre et jouer dans les vagues. Les chevaux partent galoper dans de vastes prairies et les femmes qui, tout en haut ont en charge le monde, descendent pour aller danser et rêver sous la lune. A partir du schéma que je viens de décrire,  je me laisse porter par l’imagination, ça demande un peu d’entrainement mais comme pour le dessin ou le chant tout le monde peut arriver à donner au réel un côté magique. Vous même, assis dans votre fauteuil,  vous m’avez inspiré une très belle histoire. Je dois encore la peaufiner un peu mais je la conterai très prochainement dans mon émission.

Je l’écoutais, enchanté et admiratif, j’aurais voulu que ce moment dure longtemps. Elle avait réussi à me faire oublier le temps qui passe. Peut-être n’était-il pas passé, tout occupé à entendre ce qu’elle me disait. Elle ajouta qu’elle allait aussi porter ses récits chez des particuliers. La plupart du temps, pendant  le week end,  lorsque des personnes qui invitent des amis ou de la famille, veulent donner à leur réception un caractère un peu orignal. D’autres fois, il s’agit d’animer des goûters d’enfants, des anniversaires le plus souvent.  Et puis, il y a ce monsieur chez qui elle se rend une fois par semaine, le mercredi après son travail. La demande est un peu  spéciale, il écrit des souvenirs qu’elle doit transformer à sa façon. Il est couché quand elle arrive, elle possède la clef de l’appartement. Elle va dans la chambre, s’assied sur une chaise à côté du lit et lui redonne les tranches de vie qu’il lui a confiées avec toute la poésie et la magie qu’elles lui ont inspirées. En partant, elle éteint toutes les lumières de la pièce et prend sur une petite table de l’entrée, une enveloppe qui contient six  billets de cinquante euros - une jolie somme pour cette représentation unique  - et une ou plusieurs pages manuscrites d’une petite écriture serrée avec des lettres bien formées qui deviendront les prochaines histoires pour cet homme seul. Elle lui a promis de ne jamais les diffuser à la radio, de ne les conter à personne d’autre qu’à lui et de ne pas les publier.

Puis elle s’est tue. En se levant pour partir, elle m’a indiqué l’ heure et la chaine sur laquelle  je pouvais l’écouter le soir en précisant bien que je ne devais en aucun cas me sentir obligé de le faire. Arrivée à la grille du jardin, elle s’est retournée pour m’adresser un petit signe de la main.

Je suis rentrée heureux et léger comme je ne l’avais plus été depuis longtemps. A 18h06, ce même jour, elle a levé la tête vers ma fenêtre, a souri en me montrant sa montre. Le soir, je l’ai écoutée. Elle avait dû sentir que j’aurais l’oreille collée au poste. Elle m’a dédié un conte, celui qu’elle avait dit avoir inventé pour moi. Il me décrivait comme un homme qui possédait le don de repeindre en vives couleurs tout ce que son regard touchait. - comment avait-elle su ? - Ainsi, les immeubles de la rue dans laquelle je vivais – j’utilise  la première personne puisqu’il s’agit de moi -, étaient-ils bleus, jaunes, rouges, bariolés. De l’herbe verte mais parfois rose ou violette, poussait sur les trottoirs. Il n’y avait pas de voiture, les enfants jouaient dehors et leurs rires faisaient vibrer l’air parfumé. Dans le ciel bleu azur, les nuages prenaient des formes d’animaux ou de mots qui composaient des poèmes ou les réponses aux devoirs des enfants ou bien des figures n’importe comment mais qui étaient belles à faire rêver… c’était selon son humeur. Au bout de la rue, il y avait une immense prairie, là, galopaient des chevaux et à l’extrémité du pré, on apercevait la mer où il était possible de distinguer, en y prêtant attention, des dauphins sauteurs. Et, le magicien en couleur veillait à ce que ce royaume soit toujours propre, guilleret et heureux mais tout dépendait de ses états d’âme. Il suffisait qu’il ait la moindre peine pour que ce tableau s’assombrisse et si un malheur lui faisait venir une larme, les couleurs se ternissaient instantanément, les fleurs se fanaient, les nuages s’amoncelaient, les enfants se battaient,... Il fut un temps où il était souvent triste. Les habitants du quartier tout dépités finirent par tenir conseil afin de réfléchir aux moyens de lui éviter tout chagrin et par là-même de conserver en permanence l’éclat de leur environnement. Les uns proposèrent un chat. C’est bien un chat disaient-ils, c’est affectueux. Les autres suggérèrent un chien, pour les mêmes raisons. Ils énumérèrent tous les animaux domestiques et quelques-uns firent dans l’exotique : un boa, un perroquet, un singe… Quelqu’un eut l’idée d’un voyage, mais on lui rappela que loin des yeux, loin des couleurs, tout redeviendrait morose en son absence. A court d’idées, ils se turent. C’est alors qu’une petite fille, haute comme trois pommes rouges, murmura « il lui faut une amoureuse ». Toutes les têtes se tournèrent vers elle et les visages s’éclairèrent. La solution était là, bien sûr. Oui mais où la trouver parce que ce n’était pas un homme ordinaire tout de même et il lui fallait une amoureuse extraordinaire qui soit aussi un peu magicienne ou bien qui s’y connaisse en couleurs, et ça n’est pas simple ni facile à trouver. Aucun des participants ne connaissait une amoureuse qui possédait ces qualités. C’est un jeune homme qui eut la bonne idée : posons une annonce sur Internet  dit-il – ce n’est pas parce qu’il y a de la magie qu’il n’y a pas de la technologie – Ils poursuivirent pour savoir comment il fallait s’y prendre et qui le ferait. Le jeune homme proposa ses services ainsi fut fait. S’ensuivait une série de péripéties lorsque les amoureuses commencèrent à se présenter. Puis, un jour, il s’en trouva une qui arriva alors que personne ne l’attendait. Elle n’avait pas vu les messages sur ordinateur, non elle venait juste d’emménager dans un appartement qui s’était libéré. C’était le hasard, le destin, la chance, appelez cela comme vous voulez qui l’avait amenée ici. L’amoureuse était belle, rayonnante et partout où elle passait, il poussait des fleurs. Les faire se rencontrer prit encore un peu de temps et il y eut d’autres réunions de remue méninges. Enfin, une dame eut l’idée d’organiser une fête dans la rue … et ce qui devait arriver arriva… pour le plus grand bonheur des habitants qui virent à ce moment-là leur rue prendre des teintes inoubliables et dans le ciel, les poèmes qui s’écrivaient au rythme de la musique…. et des battements de cœurs affolés, éperdus et gonflés de bonheur. Comme il se doit, la fin était heureuse mais sans mariage ni enfant. L’histoire avait duré presqu’une heure, je n’en ai résumé que les grandes lignes. Il devait y avoir en moi de l’enfance en réserve, j’avais écouté sans en perdre une miette en me laissant porter par l’émotion du récit que servait la voix chaude et profonde de cette jeune femme dont je ne connaissais même pas le nom.

Le lendemain matin lorsque le jour pointa, j’étais presque déçu de ne pas voir les bâtiments en couleur et la pelouse sur les trottoirs mais sur la façade de l’immeuble du coin, des fleurs rouges et jaunes avaient été placées à toutes les fenêtres du quatrième étage et des mauves et blanches à celles du cinquième. J’étais presque certain qu’il n’y en avait pas hier. Ensuite, à l’heure des enfants à l’école, je remarquais leurs vêtements, roses, bleus, verts…..multicolores, arc en ciel. Le reste de la journée, je notais toutes les couleurs que je voyais. Je me sentais bien.

J’avais à présent deux rendez-vous dans ma journée, 18h06, l’apparition et 22 heures, l’audition. Mais ce jour-là à 18h06, la porte de l’immeuble d’en face resta fermée. Et, à 22 heures, ce n’était pas elle qui animait l’émission. Et le lendemain et le jour d’après et encore après… non plus, elle avait disparu. J’espérais, je persévérais, j’attendais, je m’impatientais, je m’inquiétais… mais rien pendant dix jours. Au jardin, je croyais l’apercevoir dans chaque silhouette qui poussait la grille. Je m’accrochais,, elle ne pouvait pas s’être volatilisée comme cela. Le onzième jour à 18h06, la porte de l’immeuble d’en face s’entrouvrit. Mon souffle s’est arrêté mais ce n’est pas elle qui est apparue, c’était une femme que je n’avais jamais vu auparavant. Une femme souriante qui a tourné la tête vers la fenêtre devant laquelle j’étais posté. Nous devions avoir le même âge. Son sourire semblait sincère mais je ne savais pas s’il était pour moi. Elle est partie à droite vers le boulevard saint Michel. Les jours suivants, même scénario : 18h06, elle sortait, tournait la tête vers moi et partait. Me voyait-elle au moins ? Rien n’était moins sûr.

Ce matin, au jardin, je l’ai aperçue, elle donnait à manger aux oiseaux. Pigeons et moineaux se disputaient les miettes qu’elle leur lançait. Elle m’a fixé  un moment puis s’est dirigé vers moi. Mon cœur s’est mis à battre très très fort. J’ai ressenti comme un petit pincement dans la poitrine. Elle m’a dit :

-       C’est bien vous qui habitez en face de chez moi ?

J’ai répondu oui sans me poser de question. Nous avons parlé longtemps. Elle a trouvé que le quartier était sympathique et m’a demandé si je voulais bien lui faire visiter. Elle a ajouté :

-       Il faudra aussi que vous veniez prendre le café chez moi.

Je n’ai pas voulu savoir tout de suite pourquoi elle sortait tous les jours à 18h06. Je préférai garder le mystère encore un peu. Je craignais que si elle venait à me le confier, elle disparaisse ensuite.

Elle a fini par se lever pour partir et a posé cette dernière question :

-       Vous étiez bien marchand de couleurs autrefois. C’est joli marchand de couleurs. Moi j’étais fleuriste.

Ce même jour, dans l’après-midi à  6h06 exactement, c’est moi qui poussais la porte d’entrée de l’immeuble d’en face.

 MCH

Par mouettes rieuses - Publié dans : contes de faits - Communauté : le texte voyageur
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Mardi 23 février 2010 2 23 /02 /Fév /2010 07:52

Je travaille à la morgue. C'est un drôle de métier. A longueur de journée, je range des macchabées nus dans des boites en acier. Des suicidés, des dessoudés, des suffoqués, quelquefois même, mais c'est rare, des tranquillement trépassés. Je les dépoussière, je les étiquette, je les enregistre, je les allonge sur leur table glacée et hop, je les fais glisser dans leur casier. Comme boulot, c'est pas sorcier.
Faudrait pas croire que ça me prend aux tripes, tous ces cannés : pas le moins du monde. Moi, à midi, je prend ma casquette, j'allume ma pipe, je m'assoie pépère devant mon couvert, et je baffre avec appétit. C'est pas bobonne qui vous dira le contraire.
Pourtant , je veux pas m'épancher, notez, mais quand même, faut que je vous le dise, docteur. C'est qu'il m'arrive, la nuit, de sursauter, je m'éveille en sueur, gelé. J'ai beau tenter de changer de sujet, mais rien n'y fait : j'ai dans la tête leur peau de neige et leur regard de fumée. M'arrive alors de divaguer, je vois des Polognes hivernales et de ces longues cheminées... je crois bien que je ne tourne plus rond sous le bonnet.
Ca ne peut plus continuer, docteur : bobonne m'a pris en grippe, elle me lance des regards meurtriers, elle me sourit drôlement quand elle découpe le poulet, et croyez-moi, docteur, elle veille toujours à ce que ce couteaux soient affutés. Il s'en faut de peu qu'elle ne m'écharpe.
Foutu métier. J'ai commencé cet été, je passerai pas l'hiver.

JH

Petit texte vite cuisiné à partir d'une liste de mots imposés au cours d'un atelier d'écriture animé par Céline Bourgouin au Mans. http://www.celine-bourgouin.fr/
Par mouettes rieuses - Publié dans : noir serré
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Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /Fév /2010 23:49


h habit

Qu’aucun Terrien ne s’y trompe, l’habit ne fait pas plus le moine que l’Ange et inversement. Comme les avocats lors de leur plaidoirie, nous portons la robe uniquement lorsque nous sommes en représentation. Une robe que nous recevons lorsque nous avons réussi l’examen de passage pour exercer notre angélique fonction, avec le reste de notre panoplie : auréole, ailes, …  Notre habit de cérémonie se résume à cette robe. Blanche, simple, manches longues, la robe se porte avec ou sans ceinture. La ceinture est en option. Le vêtement dans sa coupe, sa couleur et la qualité du tissu est identique pour tous. Mais notre garde-robe ne se limite pas à cette seule tenue.

La plupart des Anges ne tarde pas à personnaliser l’habit pour se démarquer de leurs collègues. Ça customise à tout va et comme il faut bien avouer que nous avons beaucoup de temps libre et peu d’occasions de porter cette tenue officielle, notre habit devient de moins en moins cérémoniel. Nous avons fondé un groupe de couturiers et nous nous sommes mis à réaliser des modèles du plus grand chic. Le défilé de mode organisé sur la galaxie d’Andromède a obtenu un grand succès. Le modèle ultra mini échancré et dos nu a été vivement applaudi. L’Ange qui le portait était plutôt canon. Quelques confrères enthousiastes parmi les Démons ont trouvé notre idée si géniale qu’ils ont immédiatement mis sur pied, une cellule qui œuvre dans le milieu underground des ténèbres pour composer une garde-robe un peu fun. D’ici peu, il se pourrait bien que les Terriens, au vu de nos nouveaux look, ne sachent plus s’ils ont affaire à un Ange ou un Démon. Ange ou Démon, that’s the question ? Je me suis fait rapporter le parfum de Givenchy qui porte ce nom « Ange ou démon » pour en respirer les fragrances. Pas du tout ressemblant à nos odeurs célestes.

Quant aux accessoires, ils sont légion. Beaucoup de trucs en plumes. Nous les prenons sur nos ailes pour fabriquer de jolis colifichets, des écharpes, surtout, qui font un tabac avec les broches étoilées, très rares mais très prisées, les étoiles ne se laissent pas apprivoiser facilement.  Pas sûr que nos tenues soient très catholiques. La prochaine cérémonie qui nous verra porter l’habit officiel n’est pas pour demain mais elle méritera le détour. A ce qu’on m’a rapporté de la multinationale des Anges, le moindre détail fantaisiste dans la tenue vestimentaire vaut au réfractaire une mise à l’écart de plusieurs siècles….

Lors de ma prochaine mission sur Terre, j’essaierai de vendre quelques modèles. Ça pourrait peut-être marcher. J’ai besoin d’argent pour m’acheter des chaussures. Il devient de plus en plus tendance de danser en robe sur les nuages avec des chaussures à hauts talons …. Prochainement nous organisons un bal masqué avec les Démons… Je serai la plus belle/beau pour aller danser ….
MCH

Par mouettes rieuses - Publié dans : abécédaire de l'ange - Communauté : le texte voyageur
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Samedi 9 janvier 2010 6 09 /01 /Jan /2010 16:54

ange G
Gabriel, Archange superstar sur la Terre comme au Ciel. Jamais détrôné depuis qu’il est parvenu au firmament de la gloire. Un parcours exemplaire. Au début de sa carrière, il parcourait la planète Terre comme simple facteur pour transmettre des messages. Il était chargé d’acheminer les bonnes nouvelles - ça aide beaucoup à se faire aimer de porter des messages enchantés. Son succès a démarré d’une manière foudroyante lorsqu’il a eu pour mission d’annoncer la grande et heureuse nouvelle à Marie. Une nouvelle si importante qu’elle en a modifié la face du monde à tout jamais. Depuis lors, sa réputation s’est répandue à travers toutes les galaxies et n’a fait que croître, à tel point qu’il a même été appelé à travailler à la rédaction du Coran dans le cadre d’une mission officielle auprès du Prophète. Il œuvre, officieusement pour le camp d’en face. Et parfois, pour la multinationale des Anges de l’Empire, il effectue de petites missions de marketing offensif. Un cas unique dans l’histoire des Anges. Il a l’oreille du big boss qui lui fait entièrement confiance. Il est second dans la hiérarchie de notre S.A. avec pratiquement tous les pouvoirs lorsque le chef s’absente.

 

Actuellement, il a en charge tout le service de communication de notre S.A., il gère notre image de marque sur la Terre d’une main de maître. Il visite les églises, lit tous les ouvrages qui paraissent à notre sujet et surveille l’ensemble des sites Internet qui nous sont dédiés. Il s’occupe de tout le secteur des médias terrestres : radio, télévision, Internet, téléphone portable…aucun support de communication n’a de secret pour lui.  Il assure leur fonctionnement mais parfois aussi il crée certains dysfonctionnements lorsqu’il trouve, par exemple, indécent et excessif, un dévouement corps et âme à un ordinateur, un téléphone ou une télévision. Il est possible de l’implorer et de l’amadouer pour retrouver l’usage d’un équipement défectueux mais cela ne marche pas à chaque fois, loin s’en faut. Il vaut mieux appeler le SAV de votre matériel que notre S.A.

Il déborde d’énergie et jamais ne se met en repos. Evidemment son secteur d’activité est en pleine expansion avec l’explosion des NTIC et il a dû recruter bon nombre d’Anges pour le seconder dans sa tâche. Comme nous manquons de main d’œuvre, il a dû en débaucher pas mal dans les domaines du social et de la culture. Ce travailleur acharné trouve malgré tout le temps de venir chanter dans plusieurs chorales. Il y a peu, il s’est mis au slam et ses textes rencontrent un public conquis d’avance.  A ce stade de talent, ce n’est plus un Ange, c’est un génie

Son ultime mission sera d’annoncer la fin du monde : bonne ou mauvaise nouvelle ?
MCH

Par mouettes rieuses - Publié dans : abécédaire de l'ange - Communauté : le texte voyageur
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Mardi 15 décembre 2009 2 15 /12 /Déc /2009 17:50

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